Saint-Malon-sur-Mel et la mémoire de la Grande Guerre.

(Bulletin Municipal (Saint-Malon-sur-Mel), n° 57 (Décembre 2014), p. 30).




« Dans le but d’honorer la mémoire des enfants de Saint-Malon morts pour la Patrie et de rappeler aux générations futures le sacrifice de leurs aînés », le Conseil Municipal de Saint-Malon-sur-Mel décide, le 6 novembre 1932, de contracter auprès du Crédit Foncier de France un emprunt de 15 000 francs (environ 9 000 euros d’aujourd’hui), pour l’érection d’un monument aux morts de la Grande Guerre.

            Ce monument sera réalisé par l’auteur de nombreux monuments aux morts en Ille-et-Vilaine (ceux de Hédé, Vern-sur-Seiche, Ossé, Saint-Grégoire et Servon-sur-Vilaine, par exemple),  le sculpteur Joseph Tardivel (né à Cesson en 1869), avec le concours du granitier Lemétayer de Saint-Aubin-du Cormier. Sur deux plaques apposées de part et d’autre d’i-un poilu grandeur nature figurent pour chaque année de la Guerre les noms de trente-trois enfants de Saint-Malon morts pour la France entre 1914 et 1918. Une plaque a été ajoutée par la suite, avec les noms des morts en 1939-1945 et en Afrique Française du Nord.

Pour comprendre les raisons de la date relativement tardive de cette initiative, il faut rappeler que, dès le 24 novembre 1918, six jours seulement après l’Armistice, le maire de l’époque, Pierre-Marie Vitre, avait proposé au Conseil municipal “la création dans le cimetière d’un monument ou plaque commémorant le nom des enfants de la Commune qui sont morts pour la France”. La plaque —un choix qui sera également fait par les communes de Saint-Gonlay, Bléruais ou Saint-Péran—réalisée en 1919 par la maison Clément de Rennes pour 550 francs (690 euros 2010) est toujours visible sur le mur Nord du cimetière, au fond de l’allée centrale. Y figurent, par ordre chronologique de décès, les noms de trente-trois Malonnais  « morts pour la France », à partir de la liste des 184 mobilisés que le maire avait dressée, le 28 mai 1916, « afin que les Archives de la Mairie conservent à jamais un souvenir de la Grande Guerre ». Cette liste où sont notées les dates de naissance et de mobilisation des 184 Malonnais qui avaient alors entre 20 et 40 ans (en 1911, Saint-Malon comptait 976 habitants dont 464 de sexe masculin), sera complétée par la suite, avec en particulier la mention des morts (quinze), des disparus (huit), des blessés ou internés (onze) ou des prisonniers (huit), certains d’entre eux également blessés et/ou morts en captivité.

Quatorze ans plus tard,  alors que beaucoup de communes avoisinantes ont depuis longtemps érigé un monument aux morts de la Grande Guerre (Saint-Méen en 1919, Iffendic en 1920, Gaël en 1921 ou Paimpont en 1923, par exemple), l’œuvre entreprise en 1918 par P.-A. Vitre se trouve donc couronnée avec l’érection, sur la place de l’église, d’un monument aux morts.


            L’inauguration eut lieu le dimanche 23 avril 1933, sous une pluie battante, et on peut trouver dans l’Ouest-Eclair du lendemain (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6592588/f5.image), assorti d’une photo, un compte-rendu détaillé de la cérémonie, au cours de laquelle les croix de combattants furent remises à plus de 80 anciens poilus.

Le souvenir des soldats de Saint-Malon morts pour la France est également rappelé dans l’église paroissiale où, à une date à préciser, une plaque en marbre a été apposée sur le mur Sud de la nef centrale.

            C’est ainsi que, pour se souvenir de la Grande Guerre (mais aussi des suivantes) et se recueillir, avec la plaque du cimetière, celle apposée dans l’église paroissiale et le monument aux morts, Saint-Malon-sur-Mel offre aujourd’hui aux Malonnais trois lieux solennels de mémoire.


Jean-François Botrel



NB. Ces quelques notes prennent appui sur les informations conservées aux Archives municipales de Saint-Malon, notamment dans les Registres des délibérations du Conseil Municipal (1D3 et 1D4) et dans les pièces concernant l’emprunt au Crédit Foncier de France (1M2). Merci à Agnès Bigot et à Yvette Pollet.