« Ephemera & non livres en Espagne : statut & patrimonialisation »,



Fabula / Les colloques, Les éphémères, un patrimoine à construire,


URL : http://www.fabula.org/colloques/document2938.php. décembre 2015.

 


 

Je suis hispaniste et, à propos de l’Espagne contemporaine, j’ai conçu et développé —il y a maintenant longtemps, au tout début des années 1970— un projet inspiré par la sociologie escarpitienne sur la communication écrite et l’histoire historique de la littérature selon Lucien Febvre, limité —si l’on peut dire— à l’Espagne entre 1868 et 1914, qui prétendait à une révision des valeurs (littéraires) mais aussi des modalités d’acculturation écrite, un questionnement des biens et des supports consacrés par le canon ou la recherche, résumable par la formulation suivante: “Pourquoi ne pas inclure dans le champ d’observation de l’histoire littéraire à la fois les petits poèmes qu’aux alentours de 1850, l’imprimeur Hernando publiait à des fins pédagogiques sur les carnets de papier à cigarettes et Fortunata y Jacinta[1],  avec, entre ces deux extrêmes, une multitude de formes plus ou moins embryonnaires ou achevées qu’on trouvera certes dans les livres mais également dans la presse, dans toutes sortes de brochures, dans les imprimés de colportage, les feuilles volantes, les aleluyas, et jusque sur les éventails ou les boîtes d’allumettes[2] ?”. Une statistique bibliographique rétrospective m’avait alors permis d’établir que si entre 1808 et 1914 on avait enregistré en Espagne la publication de 95 000 titres « vénaux », ce chiffre devait être multiplié par 6 (de 95 000 à 475 000 dont 190 000 de moins de 20 pages), si on prenait en compte tous les objets imprimés, bien loin par conséquent des modestes valeurs traditionnellement associées à l’Espagne[3].

Autant dire que la réalisation de ce projet est inachevée et le restera me concernant, mais la pratique qui l’a accompagné me permet quelques considérations sur le sujet qui nous intéresse, limitées à la période contemporaine XIXe et XXe siècles.

         Je ne vais pas faire l’inventaire de tout ce que, au cours de ma carrière de chercheur explorateur des marges, j’ai pu trouver, consulter —voir et toucher, cela est fondamental—, quelquefois acquérir, analyser ou exploiter dans des publications.

         Au hasard de mes recherches, comme inventeur de sources —car je me suis efforcé à chaque fois que je fréquentais un dépôt d’imprimés ou d’archives, de rechercher les objets pertinents—, j’ai successivement rencontré, sans les avoir tous identifiés et encore moins nommés a priori, avec la seule conviction que la durée était nécessaire tout comme la combinaison de sources et d’objets,  la presse sous tous ses aspects, puis les entregas (livraisons) , puis les imprimés de cordel (de colportage), les pliegos de aleluyas (feuilles d’images), des petites feuilles de propagande catholique ( 4 pages in 8°), une Navegación para el cielo (un exercice de papiroflexie destiné à l’autoédification), les almanachs populaires, des chromos de boîtes d’allumettes, les cartes postales,  etc. Autant d’objets qui avec la presse et le livre, bien sûr, ont nourri l’ensemble de mes recherches et donné lieu à quelques publications : des listes[4], des propositions d’ordre bibliologique[5], quelques monographies[6], mais aussi, dans le cadre de recherches transmédiatiques et/ou diachroniques, des réflexions théoriques sur la littérature et la culture du peuple[7], le patrimoine matériel/immatériel[8] et le processus d’acculturation écrite/imprimée des couches populaires[9]. La plupart de ces publications sont disponibles sur le web[10].

A l’occasion de ces recherches, j’ai pu constater —apprendre à mes dépens quelquefois— que, pour ces imprimés non-livres que je recherchais comme intuitivement, il n’y avait pas de gisement majeur, que les fonds qui en tenaient lieu étaient plutôt barcelonais que madrilènes[11], qu’ils  étaient spatialement dispersés, aléatoirement conservés (selon des logiques néanmoins identifiables), et rarement ou peu décrits ; bref : qu’il fallait inventer des filons aussi minces fussent-ils et les exploiter là où ils se trouvaient.

         Je les ai d’abord trouvés dans les archives publiques (Archivo Municipal de Madrid, Archivo Histórico Nacional), en faisant des recherches sur les aveugles nécessiteux de la Confrérie de Notre Dame de la Visitation, diffuseurs des imprimés (papeles) de moins de huit pages, parce qu’ils étaient annexés à des dossiers de police et, de ce fait, conservés de façon subsidiaire[12]; mais ils pouvaient aussi être entrés comme legs ou donation d’une imprimerie ou d’autres  entreprises ( comme à l’Arxiu Municipal de Barcelone, ou au Centro Etnográfico Joaquín Díaz d’Urueña, pour le fonds de l’imprimerie de M. R. de Llano, Rodas, 26, Madrid) ; ou encore figurer à titre de justificatifs, comme les imprimés administratifs conservés à l’Archivo de la Villa de Madrid. Je les ai aussi trouvés dans quelques musées où ils sont conservés également à la suite de donations de particuliers ou d’acquisitions (comme au Museo Municipal de Madrid ou pour les feuilles d’images (pliegos de aleluyas) dont on trouve également un fonds important aux Archives Municipales de Castellón de la Plana, sans oublier les cartes postales;  dans des archives privées d’associations (comme l’Asociación de Escritores y Artistas Españoles), d’entreprises (comme la librairie catholique Gregorio del Amo); mais aussi —moins attendu— à la bibliothèque de l’ Institut National de Recherche Pédagogique (INRP), où est conservé l’Album de Felisa Alcalde[13]. Dans tous ces cas, aussi important que l’objet ou les objets eux-mêmes est leur environnement, ce qui fait qu’ils ont été conservés qui est, en général, une indication sur leur fonction ou leurs usages.

         Cette fonction ou ces usages ont pu changer de nature, quand ce sont des particuliers et/ou collectionneurs qui s’en sont saisis, avec des motivations et des finalités diverses. C’est le cas, par exemple, des collections du folkloriste catalan Joan Amades (1890-1959), de celle de Rafael Gayano Lluch concernant les pliegos de aleluyas, et de la collection de deux cents et quelques pliegos de cordel ou imprimés de colportage de 4 pages in-4° que Pío Baroja (1872-1956), pressentant qu’ils étaient en voie de disparition, a réunie. C’est cette collection qui a servi de base à l’ouvrage de référence de son neveu, l’anthropologue Julio Caro Baroja, intitulé Ensayo sobre la literatura de cordel (1969) et qu’il m’a été donné d’analyser dans une perspective relevant, cette fois, de la bibliographie matérielle. Mais quelle a pu être la motivation de Luis Estepa, collectionneur de marque-pages et de cartes publicitaires, celle de Juan González Castaño qui conserve dans sa maison de Mula (Murcia) plus de 15 000 non-livres, ou celle de Mariano Pérez Bo qui a constitué une collection de plus de 2 400 boîtes d’allumettes[14] et de tant d’autres connus ou encore inconnus ? Certaines de ces collections ont été acquises par la Biblioteca Nacional de España (BNE), comme  la collection factice du bibliophile Usoz del Río[15]. D’autres,  comme celles de José Lázaro Galdiano[16], ou celles, si diverses et imposantes, du sculpteur catalan Frederic Marés (1893-1991), ont permis l’ouverture d’un musée qui leur est exclusivement dédié (plus de 50 000 objets de toute nature au Museu Marès de Barcelone[17]), tout comme à Urueña (un village de 60 habitants au plus profond de la Castille), celles de Joaquín Díaz, liée au Centro Etnográfico qui porte son nom[18], ou encore celles de Jesús María Martínez qui ont servi de base à au moins deux expositions particulièrement novatrices[19]. Aujourd’hui en Espagne, l’essentiel de la conservation et patrimonialisation se fait à travers ce qu’on appelle le coleccionismo popular qui est certainement le phénomène le plus significatif : grâce à une initiative de commerçants et libraires spécialisés, ces collectionneurs « populaires » se trouvent aujourd’hui organisés en association,  l’ASPAC (Asociación de Profesionales y Amigos del coleccionismo), qui publie Paperàntic. Cuaderno de coleccionismo[20]. Il faut y ajouter le site Todocolección, créé en 1997, et d’autres sites plus spécialisés comme celui sur la vitolfilia ou collection de bagues (vítolas) et autres objets liés au cigare[21]. Ce mouvement va de pair avec la publication de catalogues spécialisés[22], parfois en lien avec des expositions, et de monographies souvent plus descriptives qu’interprétatives où l’intérêt dominant semble avoir été pour les documents où l’élément iconique est prédominant, comme les affiches[23], les cartes postales[24] et les chromos, notamment de footballeurs[25] ou les images publicitaires[26].  Le travail de collecte de Jean Louis Guereña a permis d’inventer un « Enfer espagnol » (quelque chose qui n’existait pas à la BNE), soit une collection de plus de 200 opuscules érotiques, scatologiques ou  pornographiques pour la période 1812-1939 qui a donné lieu à une publication tirée à 2000 exemplaires par l’Association des libraires d’occasion[27]. J’ai pour ma part, en marge de la collecte cumulative de données concernant les historias de cordel, les pliegos de aleluyas, ou les almanachs, constitué au fil des ans une collection d’échantillons représentatifs des différents non-livres tels qu’ils me sont apparus au hasard de la fréquentation des librairies d’occasion et des marchés aux Puces : j’ai prévu de la léguer à la BNE qui depuis les origines (1711) est chargée de veiller au dépôt légal et, par conséquent, l’endroit où, en  toute logique, l’on s’attend à trouver conservés ce genre d’imprimés non livres ou Ephemera. Voyons ce qu’il en est.

         La situation que j’ai connue entre 1970 et 1990 était celle de la plus grande dispersion et absence de cohérence dans le traitement des « imprimés mineurs » ou éphémères, avec, en filigrane, des critères plus ou moins croisés d’ordre bibliologique (présence d’un élément iconique majeur), chronologique (Ancien Régime /Nouveau Régime de l’imprimé), géographique (imprimés en rapport avec l’Amérique Hispanique), fonctionnel (imprimés liés à la Musique) et pour conséquence que la plupart étaient conservés dans le magasin général, dans des boîtes,  sous la cote V/C (Varios/Caja).

Le moment charnière est certainement la promulgation de la loi de 1957 sur le Dépôt Légal qui a permis, sous un régime autoritaire de contrôle de l’imprimé —de tous les imprimés[28]— qu’un certain nombre d’imprimés qualifiés de « mineurs » soient enfin plus systématiquement recueillis et conservés et, dans une certaine mesure, classés. Sous réserve de vérification auprès des responsables de la BNE, la situation actuelle est la suivante: pour les années 1958 à 2012 les publicaciones menores sont conservées dans 904 boîtes classées thématiquement[29], y compris l’entrée ephemera[30]! Elles ne représentent néanmoins qu’un infime pourcentage des publicaciones menores selon les statistiques officielles[31].

Une nouvelle législation est en vigueur depuis 2011 qui fait que la BNE partage la responsabilité du Dépôt Légal et de la conservation avec les communautés autonomes (d’un imprimé édité en galicien à Madrid on doit, par exemple, remettre un exemplaire à la Xunta de Galicia), en tenant compte de l’édition numérique mais en dispensant de l’obligation de dépôt un nombre accru d’imprimés, dont la plupart des imprimés non-livres[32].

         S’agissant de la période antérieure à 1958, ce n’est qu’à partir de 1991 qu’a été initiée une démarche (toujours en cours, malgré les restrictions budgétaires) visant à la réunion dans une section dite Ephemera de documents pertinents existant à la BNE  qui ont été bibliothéconomiquement traités dans les formes, avec une extrême rigueur et précision; un fonds enrichi par acquisitions[33], mais surtout donations : il comprend plus de 100 000 items, au total. Le fait qu’il soit rattaché au Département des Estampes (Sala Goya) en a cependant déterminé les orientations, en privilégiant la dimension visuelle et esthétique[34], perceptible dans le catalogue de l’exposition de 2003 consacrée à la collection d’ephemera de la BNE[35], avec des  contours et une taxinomie très dépendants des collectionneurs donateurs[36]. A la BNE, les ephemera existants au sens large où on peut les entendre sont donc encore à chercher un peu partout, mais sont facilement accessibles aux chercheurs (avec des gants blancs à la section Ephemera) et, pour valoriser l’existant, la BNE a publié trois remarquables ouvrages, dont celui intitulé Ephemera[37].

Aujourd’hui, on le sait,  les apports de la toile donne une visibilité croissante à ces imprimés en facilitant leur localisation et en permettant, au delà de la reconstitution de collections et de la confection de catalogues thématiques, la constitution de corpus complexes et de nouvelles façons de travailler[38].

A partir d’une réflexion initiée à la fin des années 1990 sur la notion de printed non book materials ou non-livre, reprise et illustrée en France par Nicolas Petit[39], et susceptible de faire sortir les Ephemera du strict champ du coleccionismo, j’ai dans le cadre d’un projet de recherche mené au sein de l’université Carlos III de Madrid[40],  portant sur les modalités spécifiques d’incorporation de l’Espagne et des Espagnols à la culture de masse, à partir de la deuxième révolution du livre et des nouvelles formes de représentation du monde qu’elle contribue à engendrer, commencé à compléter et systématiser l’inventaire et l’étude morphologique de tous les produits ou biens caractéristiques de la culture de masse, de tous ces  sémiophores au sens où l’entend Pomian[41], depuis le journal jusqu'au plus simple faire-part, carte postale  ou boite d’allumettes avec leurs messages scripto-visuels, de plus en plus nécessaires et partagés, pour aussi infimes qu’ils semblent, pour l’organisation d’une vie sociale et urbaine plus policée. A l’occasion d’un séminaire puis d’un colloque (le XIV Litteræ consacré à « El impreso no-libro. Tipología y prácticas ») organisés en 2011 à l’université Carlos III, plusieurs chercheurs ont centré leur attention sur les imprimés résultant du pliage ou de la fragmentation d’une feuille ou se présentant comme des objets « volants » (sueltos), quel que soit leur support et la technologie employée. Outre des propositions de typologie pour le non-livre de l’Ancien Régime de l’imprimé reprises de façon encore plus systématique dans une thèse récemment soutenue par Silvia González-Sarrasa Hernáez[42], et la reconstitution du cadre légal pour cette période par Fernando Bouza, nous avons pu entendre des interventions de José Bonifacio Bermejo sur les imprimés administratifs, de Jesús María Martínez sur les feuilles d’images, de Joaquín Díaz  sur les images religieuses, d’Agustín Escolano sur l’imprimé non-livre à l’école, de Rosario Ramos sur la publicité pour les produits de beauté, de Juan González Castaño sur la production et la morphologie des faire-part de décès, de Cecilio Alonso sur la littérature de trottoir, d’Antonio Rodríguez de las Heras sur le non-livre numérique, en Espagne essentiellement, mais avec quelques incursions en Europe (la France et l’Allemagne, s’agissant des feuilles d’images), et bénéficier des commentaires d’une professionnelle du coleccionismo (Silvia de la Torre Ruiz) et d’une historienne de l’art (Jesusa Vega). Une liste d’objets susceptibles d’être pris en compte et qu’on trouve aussi  parfois répertoriés et détaillés dans des catalogues ou publicités d’imprimeries, a été établie à cette occasion[43].

Plus généralement, après une période d’incrédulité amusée de la part de mes collègues historiens du livre, j’ai observé à l’occasion de mes études sur la Navegación para el cielo (1996) ou sur le canon littéraire féminin d’après les boites d’allumettes («Ardientes  mujeres», 2013) que les arguments de type statistique commencent à être entendus[44],  et que l’on reconnaît le rôle acculturateur de ces imprimés  pour le plus grand nombre, en même temps que commencent à être révisées les conditions de l’alphabétisation et de l’acculturation écrite et les rapports aux messages imprimés et aux imprimés eux-mêmes, notamment avec la prise en compte de leur dimension iconique.

De même est de mieux en mieux admise sinon prise en compte l’idée que ces imprimés non-livre, en raison de leurs usages projetés et effectifs, ouvrent sur la vie ordinaire et secrète de l’homme en s’adressant à tous ses sens : avec la lecture de textes et d’images —de beaucoup d’images—, mais aussi l’oralisation des romances et des chansons imprimées, la manipulation des imprimés par découpage, pliage, collage, etc., les cartes parfumées et même l’ingestion de petits timbres de protection 18x16 mm, imprimés —on l’espère— à l’encre alimentaire, à prendre avant une épreuve (un accouchement ou des examens universitaires), des occasionnels et éphémères par excellence mais qui renvoient à des croyances durables.

Considérer ces imprimés non-livres sous le biais de la bibliographie matérielle et de l’énonciation éditoriale permet de déceler dans des objets apparemment anodins et ordinaires tout un arrière plan et un au-delà d’intentions, de pratiques, d’usages[45].

Telle amende de la circulation peut ainsi prendre une importance insoupçonnée à partir du moment où un Prix Nobel, par ailleurs auteur d’un Dictionnaire secret, Camilo José Cela, s’en empare[46] ; un simple jeu de cartes peut servir à la démonstration de savoirs insoupçonnés[47] ; il faut s’attacher à observer la façon de conserver une simple feuille de chanson (le pliage auquel elle donne lieu pour pouvoir être transportée), ou les modalités de sa copie, par exemple, pour comprendre toute la valeur que peut représenter un si petit bout de papier ; un patrimoine matériel de si faible importance apparente peut renvoyer à patrimoine immatériel insoupçonné[48]. Le seul fait de poser son regard sur un objet non-livre est un début de patrimonialisation.

Quel nom donner à ceci ou à cela ? Ephémères, ephemera, publications mineures (publicaciones menores), bricoles (menudencias), papiers (papeles), petits imprimés, non-livres, etc. ? Si l’on prend pour référence les définitions classiques des ephemera, comme celles rappelées par Rosario Ramos[49], on s’aperçoit que le champ privilégié de fait pour leur conservation se trouve surdéterminée par la dimension esthétique qui confère une valeur additionnelle sinon nouvelle à l’objet « éphémère ». Mais les ephemera , on le sait, n’ont pas tous vocation à être éphémères, et la vie quotidienne qu’ils sont censés accompagner ou rythmer  ne peut être aisément ni uniformément définie. Il y a, me semble-t-il, nécessité de croiser des critères bibliologiques et des critères d’usage qui sont d’ailleurs divers et évolutifs : pourquoi garde-t-on un menu, par exemple, des cartes de vœux, des calendriers, des faire part de décès à partir du moment où l’usage d’en adresser se généralise dans la société rurale[50] ? Même les boites d’allumettes (éphémères par excellence) finissent par être collectionnées dans des albums.

A la réflexion, fondée sur ma pratique de chercheur et puisqu’il faut bien nommer ces objets, je préfère les appeler non-livres parce que bien que négative, la dénomination s’appuie sur des critères plus objectifs ou neutres, en n’introduisant aucun jugement de valeur et en ne préjugeant pas de la durée ni des usages de l’objet.

         Ce qui apparaît de plus en plus clairement, au moins pour le XIXe, c’est que la multiplication des sémiophores invite à ne pas introduire de clivages génériques (ce qui est considéré comme éphémère, ce qui ne le serait pas) pour considérer l’ensemble des messages délivrés par le biais d’imprimés, essentiellement, mais aussi d’écritures exposées, de graffiti, etc., dans l’espace public (les écritures exposées, les city texts[51]) ou privé notamment à travers les non-livres. L’exemple de la chanson qui passe aussi par une phase imprimée « éphémère », pourrait être utilisé pour montrer comment les conditions de production, circulation et appropriation de la mélodie et des paroles ne font que peu de cas des clivages établis entre écrit/oral, livre et non-livre, savant et populaire, etc.

Il est souhaitable que les historiens du livre deviennent également des historiens du non-livre —et de la culture écrite ou imprimée, évidemment. Même les historiens de la littérature commencent à s’intéresser au sujet et on remarquera que, pour la première fois, dans une histoire de la littérature espagnole, un chapitre a été consacré à la efímera literatura par Cecilio Alonso[52], grand collectionneur devant l’Eternel, il est vrai. A Urueña, l’organisation d’un symposium sur « Religion et papier dans la vie quotidienne» et le projet Patrimeph a donné à Joaquín Díaz l’idée d’entreprendre, à partir de sa collection, la constitution d’une bibliothèque virtuelle d’imprimés non-livres qui comporte déjà 134 catégories.

 

Longtemps et encore considéré comme étant un objet mineur et illégitime, le non-livre plus ou moins éphémère est donc, en Espagne[53], en phase de progressive légitimation, sans qu’on en ait sans doute perçu toutes les contraintes associées ni toute son importance pour la recherche, notamment dans le champ de l’histoire culturelle.

Au delà de la nécessité de les conserver et d’assurer leur patrimonialisation, dans un cadre où les limites du système de collecte à travers le Dépôt Légal donne une importance accrue aux collectionneurs privés (scripophiles, philuménistes et autres), il convient de considérer ces non-livres ordinaires autant pour le phénomène industriel ou commercial qu’ils représentent que pour les usages qu’ils commandent ou suscitent, chez les collectionneurs sans doute, mais aussi chez tout sujet a priori certainement aussi ordinaire qu’eux.  

                                                     Jean-François Botrel

http://www.botrel-jean-francois.com/

 

28-12-2014

 

 

 



[1] Un équivalent dans la littérature française pourrait être  Madame Bovary.

[2] Pour une histoire littéraire de l’Espagne, Lille, ANRT, 1985, p. XXII.

[3] V. Infantes, F. Lopez, J.-F. Botrel (dirs.), Historia de la edición y de la lectura en España 1472-1914, Madrid, Fundación Germán Sánchez Ruipérez, 2003, p. 621.

[4] Une Bibliothèque Bleue espagnole (1986); la série d’aleluyas Minuesa-Marés-Hernando (2002) 

[5] A propos des almanachs et des calendriers (2003, 2006)

[6] Sur l’album de chromos de Felisa Alcalde (2005) ou une série de boîtes d’allumettes consacrées aux écrivaines et poétesses (“Ardientes mujeres”, 2013), sur les cartes postales (« Escribir una postal », 2013) ou sur un objet (“Navegación para el Cielo” (1996),   “Le jeu de cartes et le soldat” (2009), la parricide Teresa Guix (2005) ou dans la plus longue durée transmédiatique, le bandit généreux Diego Corrientes (1986, 2006), les Amants de Teruel (2000), Paul et Virginie (2012).

[7] La librairie du peuple (cf. 2002), la littérature du peuple (1989, 1993, 1998, 2000, 2011), les classiques du peuple (Partinoples 1988),  la culture du peuple (2000), le canon du peuple (2002).

[8] « Entre material e inmaterial : el patrimonio de cordel », in : Simposio sobre patrimonio inmaterial. La voz y la memoria. Palabras y mensajes en la tradición hispánica, Urueña, Fundación Joaquín Díaz, 2006, pp. 122-131

[9] Los iletrados y la cultura escrita/impresa (España, siglo XIX), sous presse à la Casa de Velázquez.

[10] http://www.botrel-jean-francois.com/botrel-jean-francois ou http://www.cervantesvirtual.com/bib/bib_autor/botrel/

[11] La Biblioteca de Catalunya offre, par exemple, d’énormes ressources, notamment, pour le domaine qui nous intéresse, le département « Materiales gráficos », avec plus de 750 000 documents.

[12] "Les aveugles, colporteurs d'imprimés en Espagne I. La confrérie des aveugles de Madrid et la vente des imprimés du monopole à la liberté du commerce (1581-1836)",  Mélanges de la Casa de Velázquez, IX, 1973, p. 417-482; II. Des aveugles considérés comme mass-média", Mélanges de la Casa de Velázquez, X, 1974, p. 233-271.

[13] Cf. J.-F. Botrel, « El mudo mundo de Felisa Alcalde », in : V. Trueba et al. (eds,), Lectora, heroína, autora (La mujer en la literatura española del siglo XIX). Actas del III Coloquio de la Sociedad de Literatura Española del Siglo XIX (Barcelona, 23-25 de octubre de 2002 (Actas del III Coloquio de la SLES XIX), Barcelona, PPU, 2005, pp. 45-56.

[14] Cf. Brillar arder perdurar. Una colección ephemera en el museo de Murcia. Febrero de 2012,  Murcia,  Museo de la Ciudad,  48 p. (tiré à  600 exemplaires).

[15] Editée en fac-similé par Luis Estepa, sous le titre: La colección madrileña de romances de ciego que perteneció a don Luis Usoz y Río (Madrid, Comunidad Autónoma de Madrid, 1998).

[16] Cf., par exemple, les catalogues de deux récentes expositions réalisées à partir des collections du musée: Una imagen para la memoria. La Carte de visite. Colección de Pedro Antonio Alarcón (2011) et Correspondencia sin privacidad. Billetes, tarjetas postales y epístolas literarias en la colección Lázaro (2013).

[17] http://w110.bcn.cat/portal/site/MuseuFredericMares. Une description du Museu par  Jordi Rodríguez Parra a été publiée dans Paperàntic n° 1 oct. 2003, pp. 28-29

[18] Outre une bibliothèque spécialisée de 20 176 références, ce centre offre, par exemple, une collection de  plus de 10 000 feuilles d’images ou aleluyas et 5.600 et quelques pliegos de cordel, des photographies anciennes  et divers catalogues et publications régulières comme la Revista de Folklore (cf. http://www.funjdiaz.net).

[19] “Pliegos de imaginería europea” (2011) et  “Recuerdos de papel. Libros y papeles de la vida cotidiana” (2014), proposées par le Centro LEA d’Urueña, sous le patronage de la Fundación Joaquín Díaz. Jesús María Martínez est également l’auteur d’études très documentées sur l’imagerie populaire européenne et sur les éventails de foire ou ventalls en Espagne.

[20] Le premier numéro a paru en octobre 2003 . L’association se propose de   « cimentar el espacio del coleccionismo popular » (“cimenter l’espace du coleccionismo populaire”) et insiste sur le dimension culturelle de sa contribution puisqu’elle “maintient en vie un patrimoine artistico-culturel qui sans nous aurait disparu”. Les articles publiés sont dans leur thématique assez proches de ceux du Vieux Papier et donnent  une idée des objets collectionnés (postales, comics, programas de cine, carnets de socios, cromos (futbol), ex-libris, scripofilia, carteles, barajas, menus (“Los menús de Iberia en los años 40-50”), recordatorios de comunión, etc.

[21] Cf. http://www.jaberni-coleccionismo-vitolas.com.

[22] Comme La col.leció de fullets de fons balear de la Biblioteca Gabriel Labrés (1995) ou Tresors de paper. Llibres, jocs i joguines de paper. Col.lecció Quim Corominas (Girona, Fundació Caixa Girona, 2008), Catálogo Héroes de folletos de cine. Primer catálogo de propaganda de cine editado en España (Valencia, 198) qui  s’adresse à “l’ami collectionneur” et comprend 3 499 références par ordre alphabétique des films, avec des reproductions en noir et blanc.

[23] Par exemple: Cartelismo sanitario en España; Brisas de Oriente. El cartel comercial español 1870-1970; Los carteles de Iberia; Carteles taurinos; El cartel en Asturias; Bebidas espirituosas en España. Carteles 1873-1969, Catálogo de carteles de la República y guerra civil españolas (498 items); ou Atrapar lo efímero ; selección de carteles de Antonio Odón Alonso (1981-2012) (La Bañeza, Fundación Conrado Blanco, 2013, 415 p.).

[24] Sans prétention aucune à l’exhaustivité dans ce domaine, voir par exemple les différent ouvrages de M. Carrasco Marqués (Catálogo de las primeras tarjetas postales de España : impresas por Hauser y Menet 1992-1905, Madrid, Casa postal,  1992 ; Las tarjetas postales ilustradas de España circuladas en el siglo XIX, 2004 y 2009), et les études de  J.-L. Guereña ("Imagen y memoria: La tarjeta postal a finales del siglo XIX y principios del XX", Berceo, 149 (2005), pp. 35-58) et celles, approfondies, de Marta Palenque (“Ephemera o la sutil permanencia de la literatura. El estudiante de Salamanca en tarjetas postales”, Insula, 772, abril, 2011, pp. 23-27 ; “El tren expreso en cromos y postales o la gloria de Ramón Campoamor”, en: Borja Rodríguez Gutiérrez, Raquel Gutiérrez Sebastián (eds.), Literatura ilustrada decimonónica, 57 perspectivas, Santander, PUbliCan, 2011, pp. 543-583 ; « Poesía, fotografía y tarjetas postales: Campoamor, Kaulac y Lázaro en la serie M de la Colección Cánovas »,  in: Correspondencia sin privacidad: billetes, tarjetas postales y epístolas literarias en la Colección Lázaro. Fundación Lázaro Galdiano. 2013, pp. 75-93.

[25] Cf., par exemple, le Catálogo del álbum de cromos en España (1900-1960), (1995) de Julián Damián Hernanz Moreno qui décrit un total de 1273 albums ou cromos proposés par 145 marques ou celui que Juan Ral Bonet consacre à El cromo antiguo en España (305 p. ; une autoédition). L’étude la plus récente porte sur les autocollants (Iñigo Aristu, Fernando (com.), La transición española a través de las pegatinas (1976-1982), Salamanca, Centro documental de la memoria histórica  2012, 276 p.)  à partir d’un ensemble de 2 000 autocollants des années 1975-1982 acquis par Centro Documental de la Memoria Histórica au collectionneur de Vitoria Fernando Iñigo Aristu qui en possédait 40 000 !

[26] Voir, par exemple, Díaz, Joaquín, Juan Antonio Moreno, Juan Hormaechea, Diseño gráfico en el comercio de Valladolid 1850/1950, Valladolid, Fundación Joaquín Díaz, 2009

[27] Cf. Jean-Louis Guereña, Un infierno español. Un ensayo de bibliografía de publicaciones eróticas españolas clandestinas (1812-1939), Madrid, Libris, 2011, 382 pages+54 illustrations (Bulletin Hispanique, t. 114, n° 2, déc. 2012, pp. 978-980).

[28] Seuls étaient exemptés “los impresos de carácter social tales como tarjetas de visita, invitaciones y participaciones de actos sociales y los de usos y propaganda comerciales y de oficina » (les imprimés à caractère social comme les cartes de visite, invitations, faire-part et ceux d’usage commercial ou administratif”).

[29] Pour 2009, par exemple, les catégories de classement sont: Actividades culturales, Administración pública, Arte, Arte-Láminas, Arte-Postales, Braille, Callejeros, Cine, Deportes, Educación, Educación-Programas, Fiestas Locales (par communauté autonome: ) Fotografía, Marcapáginas, Música, Política, Religión, Salud, Sindicatos, Teatro, avec la précision sur chaque boîte du nombre de documents, mais sans description bibliographique.

[30] Le dépouillement effectué pour quelques années permet de constater que le nombre des pièces conservées (des documents majoritairement en couleur et comportant un élément iconique), varie de 110 en 1959 à 1361 en 1961 (1300 en 1968) mais seulement 340 en 1973 ( l’affiche ¡¡ Encagez-vous!! , imprimée à Madrid avec un numéro de DL 21 3306 1973 n’est, par exemple, pas répertoriée au catalogue de la BNE, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas fait l’objet d’un dépôt).

[31] A titre d’exemple, en 2009, les “publicaciones menores”  étaient au nombre de 24 703 (titres) correspondant à 49 406 exemplaires…

[32] Une démarche palliative, mais évidemment limitée, a pu consister à conserver tous les imprimés reçus dans ma boîte à lettres à Madrid au premier semestre 2011 qui pour la quasi totalité n’étaient pas soumis à l’obligation de Dépôt Légal (une soixantaine de publicités, par exemple). Une démarche similaire mais sélective m’a amené à conserver les imprimés et écrits ayant trait à la vie secrète de l’homme et de la femme distribués, entre 1975 et 2010, dans ma boîte à lettres rennaise.

[33] Par exemple, plus de 15 000 “etiquetas de hotel, extraordinarias por su temática, cantidad y calidad” (“étiquettes d’hotel, extraordinaires par leur thématique, quantité et qualité”) (p.  13ª).

[34] Déjà présente dans l’étude d’Eliseu Trenc Ballester sur Las artes gráficas de la época modernista en Barcelona (Barcelona, Gremio de industrias gráficas de Barcelona 1977) (cf. p. 198).

[35] Ephemera. La vida sobre papel, Madrid, Biblioteca nacional, 2003, 543 p. Les œuvres décrites sont, selon le catalogue (p. 12a), des “obras principalmente ilustradas y de origen y elaboración españolas” ( des “œuvres principalement illustrées et d’origine et élaboration espagnoles”).

[36] Les principales catégories d’ephemera conservés sont les suivantes : etiquetas de alimentos ; paipais ; facturas y papeles de cartas comerciales ; papel de carta ; tarjetas y prospectos de productos y establecimientos comerciales ; envoltorios, cromos troquelados, almanaques de bolsillo ; calendarios murales, felicitaciones de navidad ; carnés de bailes ; ofrecimientos de orquesta ; habilitaciones; recordatorios y estampas devocionales; listas de precios; programas; marquillas cigarreras; invitaciones; naipes; billetes de abono con entrada; horarios; tarjetas y prospectos de laboratorios y productos farmacéuticos.

[37] Memoria de la seducción. Carteles del siglo XIX en la Biblioteca Nacional, 2002, Ephemera. La vida sobre papel. Coleccción de la Biblioteca Nacional (2003), El arte de la belleza (2011).

[38] Treize millions d’objets de toute sorte annoncés sur Todocolección, par exemple !

[39] L’éphémère, l’occasionnel et le non-livre (XVe-XVIIIe siècles), Paris, Klincksieck, 1997.

[40] Cf.http://www.botrel-jean-francois.com/Propuestas_propostions/Tecnologia.html

[41] Pomian, Krzysztof, "Histoire culturelle, histoire des sémiophores", in : J.-P. Rioux & J.-F. Sirinelli, Pour une histoire culturelle, Paris, Seuil, 1997, pp. 73-100.

[42] Tipología del impreso antiguo español, Tesis, Universidad Complutense, 2013, 870 pages.

[43] Los impresos no libros (sin encuadernar) de A a V (y compris les termes ajoutés à la suggestion de Joaquín Díaz) : Abanicos, Abecedarios, Acciones, Aleluyas, Aleluyas procesionales, Almanaques, Argumentos, Auques, Banderines, Bandos, Barajas, Billetes de banco, de lotería, de transporte, BLM, Bolsas, Bulas, Cajas, Calendarios, Canciones, Carnets de afiliación, Carnets de baile, Cartapacios, Cartas de enlace, de hermandad, Carteles, Cartillas, Cédulas de confesión, Cerillas, Colecciones, Colecciones didácticas, Colloquis, Coplas, Cromos,  Cheques,  Diplomas, Emblemas, Entradas de espectáculos, Envoltorios, Esfera terrestre, Estampas, Estereocopias,  Envoltorios, Esquelas,  Estrechos, Etiquetas, Exlibris, Expræmio, Facturas, Facturitas, Felicitaciones, Figurines, Frisos decorativos, Goigs, Grabados, Guías turísticas, Hojas de servicio, Hoja dominical, Impresos administrativos, Impuestos, Instancias, Invitaciones, Juguetes, Láminas, Letras de cambio, Libritos de papel de fumar, Lista de precios, Loza estampada, Mapas, Marbetes, Marcapáginas, Marquillas, Matrícula, Medidas, Membresía, Memorándums, Menaje, Menús, Motes y piropos, Muestrarios,  Naipes, Notas de precios, Novenas, Obligaciones, Orlas, Octavillas, Pagarés, Paipais, Pancartas murales, Panfletos, Papel de fumar, Papel para envolver, Papel con membrete, Papel secante, Participaciones de boda, Partituras, Pasillos, Pegatinas, Planos, Premios, Programas, Prospectos, Pruebas de grabado, Recibos, Recordatorios, Recortables (soldados, teatrillos), Relaciones de méritos, Relaciones de sucesos, Relicarios impresos y manuscritos, Romances, Sainetes, Secantes, Sellos, Silabarios, Sobres, Solicitudes de permisos administrativos, Tarjetas comerciales, Tarjetas postales, Tarjetas de visita, Tarjetas fotográficas, Tapetes, Títulos, Trípticos, Ventalls, Villancicos, Vistas, Volantes.

[44] Un exemple: si l’on suppose qu’en 1867 les six millions d’Espagnols de sexe masculin de plus de 20 ans avaient une consommation d’allumettes semblable à celle des Belges à la même date, c’est 24 millions de boîtes qui étaient alors annuellement achetées, avec, par conséquent, 24 millions de chromos associés, le double si les boîtes en offrent deux. Dans le même domaine, depuis les débuts de l’industrie du papier à cigarettes en Espagne jusqu’en 1945, on a, par exemple, répertorié quelque 4500 marques différentes (cf. José Lorente, “Diseños para quemar”, Paperàntic, N° 4, marzo 2005, pp. 31-34).

[45] Cf., par exemple, « Perennes Ephemera » (http://www.botrel-jean-francois.com/No_libro_non_livre/Ephemera.html).

[46] Cf. sa lettre du 18-XII-1968, qui a abondamment circulé en Espagne.

[47] Cf. J.-F. Botrel, « Le jeu de cartes et le soldat ou les pouvoirs du non-livre », en : Ricardo Saez (ed.), L’imprimé et ses pouvoirs dans les langues romanes, Rennes, Presses Universitaires de Rennes 2, 2009, pp.  205-220.

[48] Cf. J.-F. Botrel, « Entre material e inmaterial : el patrimonio de cordel », in : Simposio sobre patrimonio inmaterial. La voz y la memoria. Palabras y mensajes en la tradición hispánica, Urueña, Fundación Joaquín Díaz, 2006, pp. 122-131.

[49] Ephemera…, op. cit.,  pp. 11-12.

[50] Un lieu d’observation privilégié de ces pratiques est offert par le Museo Etnográfico de Terque, dans la province d’Almería (http://www.museodeterque.com/museo-etnografico.php).

[51] Comme les publicités urbaines analysées pour l’Espagne par Enric Satué dans  Un museu al carrer (1984), El libro de los anuncios (1985, 1988, 1991), El paisaje comercial de la ciudad (2001).

[52] « La efímera literatura », en Historia de la literatura española (dir : J. C. Mainer). 5. Cecilio Alonso,  Hacia una literatura nacional. 1800-1900, Madrid, Crítica, 2010, pp. 135-150.

[53] La même recherche devrait être menée dans les pays d’Amérique du Sud, comme le Brésil, l’Argentine et le Chili, à propos desquels j’ai pu signaler les études de Margaret Brandini Park sur les almanachs pharmaceutiques, de Miguel A. García et Gloria B. Chicote sur la collection de Robert Lehmann-Nitsche et de Maximiliano Salinas et Micaela Navarrete sur les chansons féminines, et bien sûr le Mexique.