-« Crime et châtiment  de Teresa Guix (1816-1839) : du fait-divers à la rédemption par  la littérature », in :  Hommage à Carlos Serrano. II, Paris, Editions Hispaniques, 2005, p. 42-54.

 






Crime et châtiment  de Teresa Guix (1816-1839) : du fait-divers à la rédemption par  la littérature[1].

 

 

« La actual tendencia de la historia cultural a regresar a lo excepcional, pero haciendo suyos los logros alcanzados por la investigación de lo plural y serial, puede – y yo creo que debe- entroncar inevitablemente con el examen de la singularidad de una figura o -supremo sacrilegio- de una obra »  Carlos Serrano, « Historia cultural : un género en perspectiva », Historia social, n° 26, 1996, p. 103.

 

« la imaginación más acalorada no llegará nunca a abarcar la fea realidad » M. J. de Larra, Un reo de muerte (El Mensajero, 30-III-1835).

 

 

            Le 26 août 1839, Teresa Guix alias Maseta est soumise au supplice du garrot en place publique,  à Lérida. Cette barbare exécution aurait pu comme tant d’autres alors , ne faire l’objet que d’une inscription aux annales judiciaires ou aux statistiques pénales [2] et, éventuellement, selon la coutume encore en vigueur, d’une relación de reo/a de muerte[3].

            Or, il semble bien que l’exécution de cette jeune  femme de 23 ans ait particulièrement ému l’opinion locale et qu’au delà des faits, le fait-divers ait donné lieu l’année même de l’exécution de Teresa et dans les années suivantes à des tentatives locales et nationales d’exploitation à des fins d’exemplarité dont témoignent divers textes et images de différent statut –huit répertoriés pour le moment [4]-  produits sur l’histoire de cette belle criminelle au repentir exemplaire.

            L’examen des différentes pièces du dossier devrait permettre de reconstituer et d’ interpréter un processus avorté puisqu’il qui ne semble pas avoir débouché sur une appropriation durable par la littérature et l’opinion nationales du fait-divers comme « cause célèbre » ni de la protagoniste comme repentie exemplaire ni a fortiori comme héroïne victime de la justice des hommes, à l’instar de Mariana Pineda ou de la « desgraciada » Adelaida, ses contemporaines.

 

1.     Les faits et leur reconstitution. Faute de pouvoir accéder aux pièces du dossier criminel (la causa) ou à la presse de l’époque [5], essayons de reconstituer l’histoire de Teresa Guix.

Teresa Guix, née le 24 février 1816, à Lérida, est la fille d’Ysabel Mir  et de Antonio Velasch y Mas alias Maset  auquel elle doit son surnom :  Maseta. Elle reçoit une éducation sans faille, sur laquelle veille d’ailleurs un prêtre, Mosén Antonio Portella. Après la mort de son père, elle se transporte avec sa mère à Las Borjas Blancas,  et la belle  Teresa semble avoir voulu –malgré les conseils et mises en garde de sa mère et de son protecteur ecclésiastique- s’affranchir de la tutelle familiale en acceptant de se marier avec Sebastián Guix [6] avec lequel, à cause de la guerre civile –celle déclenchée par les carlistes-, elle s’installe à Lérida, après avoir reçu du prêtre protecteur un crucifix et une somme d’argent.

            Au retour imprévu d’un voyage interrompu de Sebastián qui est roulier, une dispute éclate, le 1° août 1838, au motif que le dîner n’est pas prêt et Teresa, refusant de quitter le balcon où elle s’est réfugiée, donne successivement un coup de pied et un coup de couteau, mortel, à son mari. Elle se débarrasse du corps mais ne peut longtemps nier son crime. La parricide est condamnée à la peine de mort par le juge de Lérida, et emprisonnée dans l’attente de la confirmation de la sentence par la Sala  del crimen de la Audiencia territorial de Barcelona [7]. Celle-ci lui est communiquée le 24 août 1839 et Teresa est immédiatement «mise en chapelle», en compagnie ou sous le regard de prêtres, militaires, gardiens, parents, badauds, etc.[8]. Le lundi 26 août à 10 heures elle est conduite sur l’échafaud où, à 10 heures 30,  elle est exécutée, devant une immense assistance , par application du garrot[9]. Le corps reste exposé sur l’échafaud jusqu’à trois heures, puis est mis dans un tonneau où sont peints les quatre animaux (un chien, un coq, une couleuvre et un singe),  prévus dans les cas de parricide[10],  jeté dans le Segre, mais immédiatement récupéré par la Congregación de la Purísima Sangre, et mis en terre dans le cimetière de la ville. Telle peut être la reconstitution des faits.

 

2. Le récit des témoins dans les Memorias...  Pour que les faits deviennent  fait-divers il faut –on le sait- qu’ils se prêtent à une mise en discours ou en image appelant une réponse émotionnelle de la part du lecteur (Dubied, Lits). C’est ce qu’offre un document d’actualité, les Memorias sobre la joven leridana Teresa Guix (a) Maseta…, rédigées avant la fin de l’année 1839, bien que publiées en 1840, par l’imprimeur de Lérida Buenaventura Corominas (cf. Sol, Torres, 110-116), sous forme de récit chronologiquement ordonné de l’histoire de Teresa Guix, de sa naissance jusqu’à sa mort. Bien que dépassant par son nombre de pages (131) le volume habituel des imprimés de cordel, cet opuscule par la structure de son titre et la xylogravure qui l’accompagne[11], mais également le recours à des formules comme « en el presente año » ainsi que la prétention à la « véracité » liée au fait qu’il est écrit à partir de témoignages[12], renvoit clairement au genre de cordel.

Cet écrit d’actualité[13], anonyme[14] qui est présenté comme une « sencilla narración » écrite pour « être agréable » au public, lequel « ha manifestado repetidas veces los deseos con que anhela ser informado con exactitud y fidelidad »[15]. Son éventuelle originalité est sans doute qu’après avoir rappelé en quelques pages (9 à 20), l’enfance et l’adolescence, comme pour tous les héros, puis le mariage et le délit de Teresa Guix [16] , il se situe principalement dans la seconde partie de l’histoire où sont successivement détaillés les derniers moments de Teresa qui donnent lieu à autant de « têtes de chapitre » équivalant à un sommaire de canard[17] : c’est en effet par la narration des derniers jours exemplaires de Teresa Guix que peut être atteint l’objectif qui est officiellement et explicitement attribué aux Memorias : « enseñar al público el fruto que se puede sacar de la muerte de Teresa Guix (p. 116), et dont rend bien compte  , une « conclusion morale » (p. 116-129) sous forme de sermon/méditation sur ce qu’est la véritable « félicité »[18].

            L’essentiel du discours –on verra qu’il s’agit essentiellement des paroles et gestes de Teresa- est donc consacré à convaincre le lecteur de la conversion/rédemption de la protagoniste/héroïne qui multiplie, d’une façon spectaculaire, grâce au greffier, les preuves de sa piété, de  son repentir et de sa préparation et résignation à une « bonne mort », avec une «serenidad que admiraba », une «  ternura que conmovia » et, même «  une «  alegria interior » (Memorias, 80).

Pour le lecteur de l’époque comme pour celui d’aujourd’hui, il ne doit faire aucun doute que l’opinion d’abord adverse et finalement favorable a bien eu raison d’opérer ce revirement ou cette évolution[19].

Le climax est certainement atteint lorsque, depuis l’échafaud, Teresa pose cette question à la foule assemblée : «  Me perdonais ? dijo con todo el metal de su sonora voz . Respondieron que sí los oyentes » (Memorias, 108). « Pidió dos veces de nuevo perdón entre los clamores del pueblo que le decia que sí que la perdonaba ; entre los sollozantes suspiros de las almas piadosas, que se sentían agitadas de un vivo sentimiento ; entre las lágrimas que se asomaban a los ojos de la mayor parte de los espectadores, etc. (Memorias, 111). Puis  « al inclinar ella la cabeza cuando moria, un ay no menos triste que significante, proferido con una cierta compasiva admiracion, escapó del corazon y labios de aquella multitud » (Memorias, 113). Un moment d’intense émotion collective susceptible de marquer les consciences et la mémoire…

Mais pour en arriver là, les moyens mis-en-œuvre dans ce qui est également présenté comme une relación, le narrateur anonyme a appliqué tout le zèle froid et neutre d’un greffier à transcrire, sous forme de reportage avant la lettre, chronologiquement, au rythme des jours et des heures, quelquefois quart d’heure après quart d’heure[20], les moindres gestes et paroles de Teresa, en donnant toute sorte de détails « exacts et circonstanciés » ou prosaïques  de la vie quotidienne d’un condamné à mort [21], fournissant de la sorte des preuves de la véracité de son récit, durant les trois jours qui sépare Teresa Guix de son exécution.

            Plus étonnant encore est la reproduction en discours direct ou la retranscription, matérialisées dans l’imprimé par l’italique, des propos tenus/proférés par Teresa ou de deux lettres par elle écrites[22], qui représentent presque la moitié des pages concernées (pages 21-116). Il peut s’agir de propos tenus à l’intention des personnes présentes dans la chapelle ou autour de l’échafaud, mais surtout de prières dont il est admis qu’elles ont toutes été proférées à voix haute et donc entendues par des oreilles aussi indiscrètes que les yeux des témoins, dans toute leur authenticité attribuée[23]. Seule la confession échappe à l’impudique relation… Exceptionnellement, le narrateur s’autorise à corriger ou interpréter une formulation qui pourrait être incorrectement perçue[24]. Quant à l’objection de la langue –Teresa parle catalan mais ses propos sont transcrits en castillan-, elle est par avance d’emblée levée par le narrateur qui assure que « cuanto se pone en boca de Teresa Guix, es lo mismo que ella pronunció, bien que en idioma catalán : ¡ y ojalá hubiese sido posible dar a sus espresiones al vertirlas al castellano aquella misma viveza con que las pronunció casi todas en su idioma nativo ! » (Memorias.., VIII)[25].

Dans cette sorte de constat dressé où les noms des protagonistes et témoins sont cités de même que les différents lieux[26], et qui par bien des aspects fait penser à une enquête inquisitoriale ou à un procès en béatification, on est frappé par la parcimonie des commentaires qui lorsqu’ils existent renvoient à des procédés courants dans la littérature de cordel[27] ou à l’histoire sainte et la littérature d’édification[28], ou établissent des liens plus ou moins explicites entre Teresa et Marie-Madeleine, Marguerite de Cortone ou María Egypcíaca…[29].

            Cet « écrit » est évidemment à lire en tenant compte de l’existence de « témoins » ou de la connaissance que pouvaient avoir les habitants de Lérida –moins de 15 000 à l’époque- de ce fait-divers, et même d’une opinion qu’on a vu évoluer mais qui peut rester partagée sur le sens à donner à ce supplice, la formalisation par écrit permettant la vérification ou l’affirmation de la bonne version et de son interprétation. Mais aussi, au moins pour certains, dans une possible intertextualité implicite avec le Dernier jour d’un condamné de V. Hugo (1829) traduit en espagnol en 1834, et, éventuellement, Claude Gueux (1834), ou bien encore l’article de Larra (« Un reo de muerte » paru dans El Mensajero, le 30-III-1835) ou le poème et d’ Espronceda (« El reo de muerte »).

            De ces Memorias… qui connaîtront une nouvelle édition (sous un titre différent et avec des illustrations supplémentaires) en 1867,  dériveront d’autres produits et textes dans les années qui suivent.

 

3. La relación de reo  Le premier, chronologiquement, est quasiment contemporain des Memorias… Il s’agit d’un romance de cordel, également issu de l’imprimerie Corominas de Lérida qui a toutes les apparences de la classique relación de reo, depuis la vignette allusive à la scène d’exécution (la même que celle des Memorias…) et le titre jusqu’au vers de romance, en passant par la narration de l’histoire de la condamnée, du crime et du châtiment, sans oublier la morale finale[30].

Cette relation de  8 pages in-4°, en vers et d’une orthographe et syntaxe peu sûres[31] , donne toutes les précisions habituelles concernant les dates de l’assassinat et de l’exécution , en développant, par rapport aux Memorias… qu’elle démarque dans sa structure et son intention en les résumant, la  « escena de horror », celle de l’assassinat. Mais surtout, le romance ne manque pas d’introduire des éléments de doute quant à la responsabilité effective de Teresa Guix[32], un doute nécessaire car correspondant mieux à la transformation qui s’opère chez Teresa (« y de nuevo la virtud/en su pecho tuvo entrada ») ainsi que dans l’opinion : ceux qui l’avaient vitupérée, expriment à présent de la pitié et compassion dont rend compte la fin  de la première partie du romance (vv. 155-180). Cela est confirmé et développé dans une deuxième partie, consacrée au jour de l’exécution, qui résume les Memorias… en rompant avec le traditionnel romance. En 107 endécasyllabes organisés en strophes ABAB, la personne de Teresa « abismada en su fervor »  se trouve  progressivement sublimée : elle fait don du crucifix  reçu le jour de son mariage aux prisonnières, offre sa mort au Seigneur pour qu’il prenne pitié de l’Espagne « haciendo que ya llegará (sic) el dia grande/ en que esta civil guerra se acabase », ainsi qu’à tous les pécheurs, et monte sur l’échafaud « con impavido rostro y sin temblar » pour demander une dernière fois pardon au « pueblo » qui manifeste son adhésion dans une « grande clameur ».

La troisième et dernière partie qui est à nouveau rédigée en octosyllabes mais strophiquement organisés et bourrés de coquilles, consiste en une sorte de « leçon » finale sous forme d’ interpellation des auditeurs/lecteurs et de Teresa par le narrateur qui reproduit les derniers propos de celle-ci (vv. 41-56) où elle invite ceux qui restent sur cette terre à se repentir…

En produisant cette pauvre variante condensée de l’histoire, sans doute plus particulièrement destinée à l’oralisation et à public plus large et plus populaire, le piètre versificateur s’inscrit dans un genre encore connu à l’époque, mais, en privilégiant, au delà des habitudes, les preuves de repentir et les considérations morales au détriment de l’histoire proprement dite, s’en démarque suffisamment pour que la propagation et la reproduction de l’imprimé n’aient guère de chance de s’opérer[33].

Dans les deux cas (Memorias… et romance), on ne peut omettre de tenir compte du fait qu’il s’agit de textes lus/ouis depuis un certain savoir lectorial local qu’il s’agit de compléter, préciser, enrichir, orienter mais qui n’est pas inerte. Une lecture déconnectée de ce savoir préalable et de la rumeur ou de l’opinion renvoit à d’autres attentes qui elles mêmes commanderont ensuite d’autres stratégies d’écriture et d’autres formes de littérature. C’est qu’on peut percevoir d’une certaine façon dans deux tentatives contradictoires de donner un sens explicite à l’histoire à un niveau plus général : le récit édifiant de La ajusticiada de Lérida et la « légende » contemporaine que l’histoire Teresa Guix inspire.

 

4. La littérature d’édification. Avec la version résumée des Memorias… publiée à Madrid en 1853 dans la Biblioteca Universal de Autores  Católicos, comme appendice à l’histoire exemplaire, traduite de l’italien, de Félix Robol (La ajusticiada de Lérida o sea capilla y ejecución de Teresa Guix), se manifeste la volonté explicite, affirmée dès le prologue, de s’opposer à la « tétrica producción sombría y desconsoladora », déliée de toute préoccupations « divine », de Victor Hugo dans Le dernier jour…   avec un exemple féminin de rachat par la piété, celui de Teresa Guix. Effet du processus de condensation, l’importance du prêtre et du crucifix reçu et légué se trouve accrue et les pondérations du narrateur plus évidentes. Quant considérations finales, sous forme d’invitation faite  à la jeunesse dévoyée ainsi qu’aux pères de famille négligents à méditer sur l’exemple ou les exemples proposées, elles ressemblent à s’y méprendre à celles qui concluent les Memorias.

            On observera que même un auteur fondamentalement préoccupé par la dimension exemplaire d’édification du récit (« escribimos la historia del arreprentimiento, no la del crimen ») ne peut s’empêcher, sans doute pour marquer davantage le contraste, d’amplifier la beauté de Teresa[34] , mais aussi de fournir une explication plus « rationnelle » à son geste de parricide[35].        

            L’exploitation de l’histoire de Teresa Guix à des fins d’exemplarité et d’édification ne semble néanmoins pas être allée plus loin.

 

5. La « légende ». En revanche, en 1847, huit ans après les faits, une « légende »- Teresa Guix, o sea consecuencias de un adulterio [36]- prétend, toujours à partir de Lérida,  s’emparer de l’histoire, pour lui donner un autre traitement –plus romanesque- et un autre sens –plus laïque- en tentant de créer et de lancer une version alternative et potentiellement concurrentielle. Dans la deuxième édition (« considerablemente mejorada » en 1857), le sous-titre donné (« adúltera y parricida ») oriente encore plus le récit vers la convention et permet de mieux mesurer encorte la transformation opérée chez Teresa. Par la lecture et le compte-rendu qu’en fait un certain Puig de la Puente dans El Nuevo Pensil de Iberia (Puig), reproduit dans le prologue de la 3e édition de 1867, on peut  percevoir à partir de quel système d’opposition nucléaire présent dans l’histoire (la femme démon/la femme ange), la légende a été pensée et écrite, et comment a été développée et amplifiée la première partie de l’histoire jusqu’alors la plus succincte (plus de 40 % contre 11% dans les Memorias…). En effet, si la « légende » reprend le fil, la chronologie, les dates de l’histoire (précisées en note) , les noms des personnes, voire des expressions prêtées à Teresa par les Memorias… [37], avec les inévitables « adornos de la rima », tout ce qui dans la première partie de l’histoire pouvait sembler trop flou ou prosaïque –notamment les circonstances et causes de l’assassinat- se trouve ici précisé et mis au goût romanesque du jour : l’adultère remplace le souper non préparé et un nouveau protagoniste (un « joven militar » ou « cadete » , amant de Teresa) est  introduit.

L’auteur se fait, par ailleurs, l’avocat a posteriori de sa jeune héroïne –le terme est à présent utilisé- en s’interrogeant sur la responsabilité effective de Teresa [38]. Celle-ci est à présent devenue une victime de sa « ciega obedencia al mandato paternal », responsable  d’un mariage non souhaité qui explique d’une certaine façon l’adultère, comme le disent des réflexions de portée générale insérées dans l’histoire particulière [39].

De même la jeunesse et la beauté de Teresa Guix (« la bella Leridana », « la hermosa condenada » « la fatal y hermosa Leridana ») se trouvent abondamment mises en valeur[40], sa barbare exécution donnant lieu à des considérations sur la souhaitable abolition d’une peine de mort combattue avec les armes de la raison dans la légende[41].

      Bref, la version séculière et « moderne » de l’histoire de Teresa, narrée avec tout le luxe prolixe des vers, s’efforce de constituer celle-ci en héroïne littéraire de son temps, sans renoncer  à donner un autre sens concurrent du premier, pour une autre exemplarité, plus laïque, en quelque sorte, qui figure en conclusion.

Malgré les trois éditions faites à 20 ans d’intervalle, la langue employée[42], et l’écho trouvé dans au moins une publication périodique El Nuevo Pensil de Iberia publié à Cadix (Puig), la légende ne semble pourtant pas avoir connu de fortune en dehors de Lérida [43], et l’histoire de Teresa Guix commença –semble-t-il- à être oubliée après les éditions des Memorias…, de Delito y muerte… et de Adúltera y parricida de 1867.

 

Conclusion. 

Teresa Guix « mujer singular », sachant lire et écrire, « elevada sobre la esfera ordinaria de su sexo », comme disent les Memorias… (p. 15), a connu  le  « vrai théâtre » de l’échafaud, mais malgré quelques velléités de ses exégètes  n’a pu durablement échapper au simple fait-divers et, malgré la reproduction et la popularisation imprimée ou orale de ses paroles et gestes, son « histoire vraie » n’est pas entrée dans la littérature « nationale » ;  pour cela, il ne suffit pas d’être belle et exemplairement repentie, d’ avoir son histoire écrite en castillan, ou d’être finalement donnée en exemple par des plumes bien intentionnées.

Toutefois, si l’histoire de Teresa Guix a pu, un temps, avoir une valeur et fonction d’exemplarité même au delà de Lérida, elle le doit à des circonstances dont la restitution et le sens pour l’interprétation de l’histoire et du personnage , pour hypothétiques ou imparfaits qu’ils soient, peuvent, pour l’Histoire, par ressemblance et différence avec d’autres « cas » ou faits-divers, être envisagés[44]. Si  c’est la leçon « chrétienne » du repentir exemplaire qui semble d’abord triompher[45], la tentative contemporaine d’opposer une leçon laïque questionnant le mariage sans amour ou la peine capitale,  rend compte de perceptions déjà différentes. 

Pendant au moins trente ans, l’histoire de Teresa Guix alias Maseta a donc pu, dans la mémoire collective d’une ville entrenue par la production de textes imprimés, servir des intérêts contradictoires, à partir d’un attrait ordinaire fondé sur un double système qui confronte la beauté et la jeunesse au crime et au châtiment, la norme et l’exception, et traduit localement des questions universelles et non l’inverse. C’est ce qu’il convient de prendre en compte, dans le cadre d’une actualité, d’une intertextualité latente ou explicite et d’une intergénéricité indispensables à sa lecture et compréhension aujourd’hui.

             Cela suffit, sans doute, à légitimer l’intérêt pour un fait-divers et une littérature qui n’ont pas dépassé les limites d’une ville et région et ne s’inscrivent donc point dans les espaces légitimes de l’histoire ni de la littérature nationale ou canonique. Il faut leur trouver ou leur attribuer d’autres modes d’emploi, depuis d’autres attentes dont l’histoire culturelle, par delà les décalages temporels et mentaux, en mobilisant les apports de l’histoire du droit, de la littérature, de la religion, des sociétés, des représentations, etc., doit s’efforcer de rendre en compte, en recherchant dans l’apparente singularité d’un cas aujourd’hui oublié ce qui un jour a pu être considéré ou discuté comme étant la règle .

 

           

Jean-François Botrel.

 

Œuvres et articles cités :

 

Adúltera y parricida=Freixa, Eusebio, Adúltera y parricida o sea Teresa Guix (a) la Maseta : leyenda histórico-contemporánea,  por…, dedicada a D. Luis Roca y Florejachs, Madrid, Imprenta de El Consultor, 1867.

 

Azaustre=Azaustre Serrano, María del Carmen, Canciones y romances populares impresos en Barcelona en el siglo XIX, Madrid, CSIC, 1982.

 

Botargues=Botargues i Palasí, Meritxell, Consumo cultural en la ciudad de Lleida (1808-1874), Lleida, Edicions de la Universitat de Lleida/Pagès Editors, 2000.

 

Botrel=Botrel, Jean-François, "Les aveugles colporteurs d'imprimés en Espagne. I. La confrérie des aveugles de Madrid et la vente des imprimés du monopole à la liberté du commerce (1581-1836)", Mélanges de la Casa de Velázquez, IX, 1973, p. 417-482.

 

Xa Exposición = Instituto de Estudios Ilerdenses, Xa exposición bibliográfica leridana. Gozos y romances de la imprenta Corominas (1816-1859)…, Lérida, 1950.

 

Dubied, Lits=Dubied, Annik, Lits, Marc, Le fait divers, Paris, PUF, 1999.

 

Fontbona=Fontbona, Francesc (1992), La xilografia a Catalunya entre 1800 y 1923, Barcelona, Biblioteca de Catalunya, 1992.

 

Jiménez Catalán=Jiménez Catalán, Manuel (1997), La imprenta en Lérida. Ensayo bibliográfico (1479-1917), Zaragoza, Edicions de la Universitat de Lleida/ Institut d'Estudis Ilerdencs/ Biblioteca Nacional, 1997.

 

La ajusticiada=La ajusticiada de Lérida o sea capilla y ejecución de Teresa Guix, in : Un reo en capilla o los últimos momentos de un ajusticiado. Historia verdadera, Madrid, Oficinas de la Biblioteca Universal de Autores Católicos, 1853, p. 155-171.

 

Memorias=Memorias/ sobre la joven leridana/ Teresa Guix,/(a) Maseta,/ ajusticiada en esta capital/ en 26 de agosto de 1839./ Por causa del asesinato que/ cometió en la persona de su marido/ Sebastián Guix. Lérida : Por Buenaventura Corominas, Año 1840. 131 p.

 

Puig=Puig de la Puente, « Adúltera y parricida », El Nuevo Pensil de Iberia  (Cádiz, 1857-1859) apud  Freixa, Eusebio, Adúltera y parricida o sea Teresa Guix (a) la Maseta : leyenda histórico-contemporánea,  por…, dedicada a D. Luis Roca y Florejachs, Madrid, Imprenta de El Consultor, 1867, p. VI-XVI.

 

Romance= Delito y muerte de/Teresa Guix (a) la Maseta, natural de Lérida/ ajusticiada en la misma Ciudad en el dia 26/ de Agosto de 1839 por haber asesinado/ á su esposo en la madrugada del / 1° de Agosto de 1838. Lérida :=En la Imprenta de Corominas, s. d.

 

Sol, Torres= Sol, Romà, Torres, Carme (1996), La impremta de Lleida (segles XV-XIX), Lleida, Editorial Ribera & Rius, 1996.

 

Un reo en capilla= Un reo en capilla o los últimos momentos de un ajusticiado. Historia verdadera, Madrid, Oficinas de la Biblioteca Universal de Autores Católicos, 1853.

 



[1] Mes remerciements vont à l’Institut d’Estudis Ilerdencs où, en novembre 1997, à l’occasion du Congrès d’histoire culturelle sur « Producció cultural i consum social », organisé par Jaume Barrull Pelegrí et Meritxell Botargues Palasí (cf. Història de la cultura : producció cultural y consum social. Actes del Congrés d'Història de la cultura: Producció Cultural y Consum Social (Lleida, 6, 7 i 8 de noviembre de 1997), Lleida, Institut d'Estudis Ilerdencs, 2000), j’ai, en compagnie de Carlos Serrano, découvert que Teresa Guix avait existé.

 

[2] En 1838, dans la seule Audiencia territorial de Barcelone dont dépendait Lérida, on dénombrait 12 peines capitales  et 16 en 1840 (information fournie par Stephen Jacobson).

 

[3] Si le monopole dont jouissaient les aveugles à ce sujet venait d’être aboli en 1836, le genre a mis longtemps à s’éteindre (cf. Botrel).

 

[4] Memorias/ sobre la joven leridana/ Teresa Guix,/(a) Maseta,/ ajusticiada en esta capital/ en 26 de agosto de 1839./ Por causa del asesinato que/ cometió en la persona de su marido/ Sebastián Guix. Lérida : Por Buenaventura Corominas, Año 1840. 131 p. ; Delito y muerte de/Teresa Guix (a) la Maseta, natural de Lérida/ ajusticiada en la misma Ciudad en el dia 26/ de Agosto de 1839 por haber asesinado/ á su esposo en la madrugada del / 1° de Agosto de 1838. Lérida :=En la Imprenta de Corominas 1. Nació Teresa Velasch 2. Del veinte y cuatro Agosto en la mañana 3. Vosotros sabios que humildes (4 hojs. 21,5x15.5 cm,  (Xa Exposición, 67) ; Freixa, Eusebio, Teresa Guix, o sea consecuencias de un adulterio, Lérida, 1847 ; La ajusticiada de Lérida o sea capilla y ejecución de Teresa Guix, in : Un reo en capilla o los últimos momentos de un ajusticiado. Historia verdadera, Madrid, Oficinas de la Biblioteca Universal de Autores Católicos, 1853, p. 155-171 ; Freixa, Eusebio, Adúltera y parricida o sea Teresa Guix (a) la Maseta : leyenda histórico-contemporánea,  por…, Lérida, 1857 ;  La Maseta o sea memorias sobre la joven leridana Teresa Guix, ajusticiada en Lérida en 26 de agosto de 1839 por causa del asesinato que cometió en la persona de su marido Sebastian Guix. Segunda edicion (adornito). Lérida. Imp. de Corominas. Impresor F. Fontanals. 1867. 4 láminas con grabs. Alusivos las tres primeras, y con copia del epitafio la última (Jiménez Catalán, 451) ; Freixa, Eusebio, Adúltera y parricida o sea Teresa Guix (a) la Maseta : leyenda histórico-contemporánea,  por…, dedicada a D. Luis Roca y Florejachs, Madrid, Imprenta de El Consultor, 1867, 252 p.

 

[5]  Les causes criminelles (« procédures criminelles et jugements rendus ») de l’Audiencia territorial de Barcelone n’ont pas été conservées (information de Stephen Jacobson). Des informations complémentaires sont susceptibles d’être trouvées dans la presse de Lérida, comme El Constitucional. Periódico político, literario, económico y mercantil , selon Meritxell Botargues.

 

[6]  A l’époque, lorsqu’une femme se mariait, elle recevait comme premier nom le premier nom de son mari et comme second nom le premier de son père (Botargues, 2000, 57). D’où le nom de l’héroïne : Teresa Guix alias Maseta.

 

[7] On remarquera l’emploi du terme parricide dont le concept avait pourtant été restreint par le Código penal de 1822 au meurtre d’un ascendant. Il est vrai que le Código penal de 1850 considérera à nouveau comme parricide le meurtre d’un conjoint. Selon Stephen Jacobson, que je remercie de cette précision, la confirmation de la sentence était réglementaire pour toutes les causes criminelles sérieuses, dont évidemment celles entraînant l’application de la peine capitale/de mort, le juge de Lérida qui a  instruit la cause proposant la sentence à l’Audiencia territorial  qui décide à l’issue de débats où sont examinés les arguments écrits et oraux d’un procureur et d’un avocat.

 

[8] « una porcion crecida de gente que se habia agolpado cerca de ella (la capilla) (Memorias,40) ; « notó (…) que estaban corridas las cortinas, y que así todos los que estaban fuera, podian verla mas facilmente » (Memorias, 102).  Il peut être curieux d’observer que ce dispositif (celui où le condamné à mort  vit ses derniers jours sous le regard indiscret de la communauté) ne correspond aux prescriptions en vigueur selon le Code pénal de 1822.

 

[9] Cette pratique introduite par le Code pénal de 1822 en substitution de la pendaison, avait été supprimée puis rétablie en 1828.

 

[10] Selon les auteurs de Adúltera y parricida…, « la ley Pompeya (Lex Pompeia de parricidiis de 701) que fue adoptada en España, dispuso que el reo de parricidio fuese primeramente fustigado hasta dar sangre y enseguida metido en un saco con un perro, un simio, un gallo y una víbora, y arrojado al mar o río más cercano, a fin (según la ley) de que el que de tal manera viole las leyes de la naturaleza quede privado del uso de todos los elementos ; a saber, de respirar el aire, hallándose vivo todavía, de beber agua, hallándose en medio del mar o del río , y de tierra, que no podía servirle ni de sepultura (…). Sin embargo, la práctica ha hecho menos duras las penas trocándolas en garrote. El cadáver es después trasladado al río o al mar y metido dentro de una cuba, en la cual se pintan dichos cuatro animales, haciendo la ceremonia de arrojarla al agua ; y la cofradía que cuida de los ajusticiados lo recoje y da sepultura » (p. 170-171).

 

[11] L’image comporte tous les éléments rituels, c’est-à-dire, outre le garrot et le bourreau, le supplicié sur son banquillo, un prêtre en attitude d’exhortation, des hommes de troupe, baïonnette au canon, et, exceptionnellement, quelques spectateurs, un christ brandi par les  membres d’une confrérie (à la place du « lúgubre guión » habituel), mais aussi la représentation sous l’échafaud du tonneau dont il a déjà été question. Une comparaison pourra être faite avec les représentations de scènes similaires par Noguera (cf. Fontbona, 86-88) ou par Doré dans le Voyage en Espagne du Baron Davilliers.

 

[12] Ces témoignages purent, en effet, être nombreux si l’on se réfère aux conditions, déjà évoquées, dans lesquelles Teresa Guix vécut ses trois derniers jours L’auteur anonyme fait référence à des « testigos de vista » ou « oculares » et « de oido ». De même dans Un reo en capilla,  l’autorité de témoins réels ou supposés est mise en avant : « Si alguno admirado de encontrar en esta narracion detalles tan minuciosos, y estrañando ver en ella hasta los pensamientos y las palabras que presentan un interés muy notable, quisiese saber de donde he podido sacar tales noticias, le responderé francamente que cuanto digo de esta historia lo he oido con mis propios oidos, y lo he visto con mis propios ojos : y si alguna circunstancia no pude presenciar yo mismo, no por esto puede dudarse de ella, pues me lo contaron poco despues de haber sucedido, los mismos sugetos, muy fidedignos por otra parte, que la habian visto ú oido » (p. 20-21).

 

 

[13] Dans les « erradas » (p. 131), il est précisé « pag. V, lín. 4. presente año lease pasado año (Debia imprimirse esta relacion el año pasado) ». On pourra, par ailleurs, rechercher des traces d’éventuels catalanismes comme l’emploi de « trocar » ou de « finidos » (« finidos aquellos religiosos actos ») et remarquer la graphie de « paraque » et « alomenos », systématiquement agglutinée.

 

 

[14]  On peut imaginer qu’il est l’œuvre d’un témoin des derniers jours de Teresa –un prêtre ou un de membres de la Congregación de la Purísima Sangre- qui fait état d’une appréciable culture religieuse, le statut de témoin privilégié ne pouvant être admis sans réserves, d’où l’insistance mise par le narrateur des Memorias comme par celui de l’histoire de Félix Rebol (cf. Un reo en capilla) à se justifier et à s’affirmer comme tel.

 

[15] L’éditeur prend le soin de dépouiller cet écrit de toute curiosité malsaine et esprit de lucre en précisant qu’il applique « el corto producto de este escrito, en sufragio del alma de la misma Joven sentenciada » (p. 4).

 

[16]  Outre quelques détails plus ou moins « romanesques », comme celui du voyage feint par Sebastián Guix pour mettre à l’épreuve la fidélité de sa femme ou consistant à écouter celle-ci par le conduit de la cheminée, le narrateur n’hésite pas à exprimer des doutes sur la nature des responsabilités de Teresa dans l’assassinat de son mari (« la parte formal que en él tuvo Teresa », Memorias, 17). Cependant les « esfuerzos por averiguar la verdad », notamment concernant un possible adultère (« se ha sabido sí que alguno frecuentaba su casa » mais il s’agissait d’un ami du mari ; il est fai état de la présence d’un « hombre a quien encontró, según ella también dijo, creyendo defender a una mujer que en medio de sus angustias reclamaba su protección ») sont finalement présentés comme vains, et la conclusion tombe : « las pruebas de su delito sin duda eran más claras que la luz del medio dia » (Memorias, 18-19).

 

[17] Cárcel, Confesión general, Capilla y despidos, Descenso a la capilla, Grillos, Confesión, Domingo segundo día de capilla, Rasgo de humanidad del oficial de la guardia, Carta a su hermana, Carta a Mosén Portella, Despidos de una tía,  De la mujer del alcaide,  De la Simona, Lunes último día, Otros despidos, Verdugo, Salida de la capilla, Cadalso y muerte, Río y sepultura, jusqu’à la reproduction de l’épitaphe qui figure sur sa sépulture.

 

[18] Du genre : « Cuando puesta en el mundo leia tal vez alguna novela, ¿se saboreaba en ello su corazon con tanta satisfaccion suya como cuando en la carcel leia algul (sic) libro devoto ? (Memorias, 127).

 

[19] Au repentir et à la métamorphose ou transfiguration de Teresa correspond le changement d’attitude et d’état d’esprit dans le « public »  comme le dit Teresa elle-même : « la gente de Lérida que con tanta ansia aguardaba mi muerte, ya se compadece de mí : ya me salvarian si pudiesen » (Memorias, 93). Comme l’écrit le narrateur (Memorias, 23), « Lérida la consideró tal vez más grande en su vida virtuosa que detestable en sus dias delicuentes » et il montre à la fin comme Teresa «  camina (…) animosa á morir, acompañada, no ya de la execracion de parricida, sino de las bendiciones de una alma contrita y humillada que habia detestado de veras su delito y que con su mudanza de vida habia llegado a enternecer aquellos mismos corazones que un año antes la aborrecian » (Memorias, 107). Tout n’est plus que « tiernas lágrimas, ayes profundos, lastimeros sollozos ».

 

[20] Exemples : « a las tres cuartos para las diez volvió a sentarse » ; « a las diez y seis minutos entró en fin Teresa Guix a la santa capilla » ;  « a la cosa de siete menos cuarto (…) esclamó ¡ Ay horas ! ¡ ay cuartos ! ¡ ay minutos ! ¿como no volais ? » ; « durmió desde las once hasta las tres » ; « a cosa de las seis y media después de haberse lavado, tomó el chocolate ».

 

[21] A titre d’exemples, qui chacun mériterait sans doute un développement, les fers que, comme parricide, elle doit porter mais que l’officier de garde lui fait ôter ; le compte de ses confessions et pleurs  (« Diez y siete veces se reconcilió en la capilla, « lloró unas cinco veces en todo el tiempo que estubo en capilla ») ;  le verre en fer blanc « con que le daban la bebida (para que evitar el que se mate a si misma », est-il précisé ; l’insistance mise par les prêtres à ce que, dans son jeûne, elle prenne du chocolat ou un bouillon (« Nada quiero contestó : ¿por qué tratan de regalarme tanto ? ») ; elle enlève son tablier « para ponérselo a su tía », fait remettre à sa mère ses « basquiñas oscuras », ainsi que ses bas marqués à son nom ; jusqu’à la couleur de sa tunique : « Los demás reos llevan túnica de otro color, y a mí me la han destinado blanca (Memorias, 104) pero « llevando pintada en ella con sangre a la parte derecha la figura de una herida, en señal de la que ayrada atrevida dió á su esposo » (Memorias, 106), etc.

 

[22] Teresa Guix savait en effet lire et écrire. Cette compétence qui, en 1833-34, n’est vérifiable que chez 13% des femmes de Lérida (Botargues, 2000, 64), est abondamment illustrée dans les Memorias : « tomaba en sus manos el libro, y leían sus labios , y sobre todo su corazón » (p. 24) ;  « leyó un libro de devocion por espacio de cosa de una hora » (p. 49) ;  « leyó otra vez un libro de devocion » (p. 51) ;  « valiéndose de un librito en que se leia en castellano » (p. 100) ;  « y cortando con las tijeras un papel, que fijó a los pies de la cruz, escribió en él estas palabras : Este crucifijo lo dejó Teresa Guix escribió una carta a su hermana ya para despedirse ». S’agissant des lettres reproduites : « Estas son sus mismas palabras, escritas en este mismo idioma y copiadas al pie de la letra » ; « Así dictó y escribió por su propio puño, y a presencia de los que se hallaban en capilla » (p. 72).

 

[23]  C’est ainsi que Teresa Guix dit : : ¿ Cómo puedo aflijirme si voy á dejar este mundo, que es un corral de bacas (sic), para gozar de la morada de Dios ? » (Memorias, 84).

 

[24]  Lorsque Teresa dit  à Simona –l’une de ses compagnes de prison- : « Yo debia ser madrina del fruto bendito de tu vientre », le narrateur précise sous forme de commentaire entre parenthèses : « (sin duda queria decir del fruto de bendicion) » (Memorias, 80). De même le narrateur s’applique à enlever de l’importance à cet aveu de Teresa, avant qu’elle ne soit mise en chapelle : « yo la mas desventurada de las mugeres ») (Memorias, 70-71), parce qu’il ne correspond pas à ce que l’on sait de Teresa.

 

[25] A comparer avec ce que dit l’auteur/traducteur de « Félix Robol o los últimos momentos de un reo en capilla »: « …en la redaccion de sus discursos y en la relacion de sus pensamientos no he tenido más trabajo, que el de poner en lenguaje culto y corriente lo que él decia y pensaba a su modo de manera grosera y en el dialecto vulgar del país » (Un reo en capilla, 20).

 

[26] Raymunda Torres, « una de las encarceladas », Agustín Reixach , el Sr. Antonio (alcaide) et son épouse, la señora Mariana , jusqu’au nom du bourreau :  Antonio Gonzalez ; Juneda « pueblo contiguo a las Borjas », la parroquia de San Juan, la capilla de San Antonio, la iglesia de la Purísima Sangre…

 

[27]  « la pluma se resiste al tener que mencionar su delito » ;  « la naturaleza se resiste al oirlo y nuestra pluma se resiste al mencionarlo ».

 

[28] Cf. la « virgen protestante », Manassès, « a imitación de los santos Mártires », « A las seis rezó el rosario que se llama de la buena muerte , el mismo que se lee en las obras del P. Arbiol », Saulo, la « túnica que Herodes mandó ponerle », etc.

 

[29] « Debia ir al patíbulo con la cabellera tendida y ella contestó que tenia antes mucha cabellera, pero que ahora, apenas tenia, por habérsele caido el pelo de resultas de una enfermedad : Que si la hubiese tenido, concluyó, ya á ejemplo de la Magdalena hubiera lavado con ella los pies de Jesucristo (Memorias, 102). Le soin d’établir un lien avec la Passion du Christ est laissé à Teresa elle-même :   « A imitación de vos cuando salisteis de casa de Pilatos para morir en el Calvario » (Memorias, 105).  Le narrateur se montre de toutes façons impresionné par la force morale de cette femme « jóven, delicada » qui même dans les derniers moments « no desmaya, no se inmuta, ni pierde siquiera aquel agradable sonroseo que hermoseaba su rostro » (Memorias, 106)

 

[30]  C’est ainsi que se présentent les coplas de ajusticiados rédigées à partir  d’un extrait de la causa o puntual relación arreglada a los autos,   « para que sirva de universal escarmiento » (Botrel, 440-442). Il n’est pas rare qu’on y donne la parole au condamné qui exprime lui-même son repentir comme dans Un reo en capilla por D. J.  R. (Palma, Imprenta de J. Colomar, 1869, 16 p.) (imprimé acquis par Raymond Cantel dont je dois la connaissance à son épouse Paulette) et où l’on retrouve ce qui peut être considéré comme un poncif : l’adresse finale du condamné ou du narrateur aux parents, aux enfants, aux époux et épouses pour les inviter à méditer l’exemple et à agir préventivement.

 

[31] Cilencio, cadalzo, fas, derige, decierta, corrió aberla, abasallada, avominava, etc., en plus de nombreuses coquilles.

 

[32] « No manifestó bien claro/la causa que le instigaba/a cometer tal delito/ que la llenaba de infamia ». On remarquera qu’aux vers 135-140 , à propos des motifs et circonstances du crime, est formulé le souhait suivant : « Ojalá pudiera el velo/Discorrer que la ocultaba,/tal vez menos criminal/Y acaso mas desgraciada/Esta muger infeliz/El mundo se presentara ».

 

[33] Si l’histoire de Teresa Guix ne semble pas avoir été traitée ou reprise par l’édition de cordel barcelonaise, on peut pourtant trouver quelques romances où des cas similaires –l’assassinat d’un mari par sa femme « castigada a la pena de la vida »-, survenus à Gélida, San Carlos de la Rápita, Soria ou Grenade, sont mis en vers, parmi les 280 romances répertoriés par María del Carmen Azaustre Serrano (cf. Azaustre),  entre 1837 et 1857 . La Nueva y variada relación, cruel y lastimoso romance, en el que se declara el asesinato que ha egecutado una muger llamada Pascuala Calonge, y su criado José Diez Moreno, quitando la vida á el marido de ésta, Valentin la Carta, estando durmiendo, la noche del 3 de enero de 1849 ; y como el 18 de Abril de este fueron muertos en garrote vil en la plaza del mercado de la Ciudad de Soria ; con lo demás que verá el curioso lector », sera même reprise, en 1852, sous le titre Pascuala la criminal.

 

[34] « la naturaleza (…) dio brillo a sus ojos ; blanca y delicada tez a su rostro ; gracia y hechizos a su cuerpo » (La ajusticiada, 159).

 

[35]  « Triste cosa es vivir en union de una persona que no se aprecia ; terrible, cuando se tiene que respetar en ella una autoridad de todos los dias, de todos los momentos. El yugo dulce en otras circunstancias, se hace entonces pesado, insoportable… »  (La ajusticiada, 160-161).

 

[36]  Les quelque 4 500 vers qui la composent sont répartis en deux parties : El crimen (I. La despedida, II. La cita,  III. Los dos amantes, IV. Los celos, V. El desengaño, VI. El parricidio, VII. Prisión de Teresa, VIII. A Teresa) et La expiación (I. Teresa en la cárcel, II. El proceso, III. Murmuraciones, IV. La sentencia, V. La capilla, VI. Ensueños, VII. Entre paréntesis, VIII. Preces, IX. Ultimo día, X. El patíbulo, XI. Muerte, XII. Sepultura, et Conclusión. Il s’agit d’une œuvre signée d’Eusebio Freixa i Rabasó, qui a été secrétaire de mairie à Lérida et directeur de El Pensamiento et El Eco del Segre et qui est surtout connu pour ses ouvrages administratifs -il fut secretario-administrador de El Consultor de los ayuntamientos- mais qui appartient en fait à Luis de Roca y Florejachs à qui l’on doit, par ailleurs, Poesias catalanas (1863), Poesias (1864), El cancionero del Segre (1864), etc. (cf. Jiménez Catalán).

 

[37] « Estas son casi las propias expresiones de nuestra heroina. Tenemos igualmente una particular satisfacción en poder continuar más adelante, con los adornos de la rima, algunas de las plegarias que profirió en este encierro, y en especial la que pronunció cuando marchaba al cadalso » (p. 117) ; « la singularidad de las plegarias proferidas por Teresa Guix durante su permanencia en la capilla, nos hicieron concebir el propósito de incluirlas en esta leyenda ; respetando como lo hemos verificado, no sólo el espíritu de los conceptos, sino también la expresión material de los mismos, salvas algunas ligerísimas modificaciones de que no hemos podido prescindir con el fin de presentarlas bajo forma poética » (p. 147).

 

[38] La certitude fait place au doute… En particulier, l’insistance est mise sur les « debates crudos, reñidos,/ donde miden sus alcances/ y a prueba de su ciencia ponen/defensores y fiscales »  à l’Audiencia territorial ; et cette réponse à la question « ¿ Mereció la muerte ? No, mil veces no ».

 

[39] Ces réflexions portent notamment sur le thème de la mal-mariée, l’adultère, et les rapports entre homme et femme, avec le commentaire suivant : « ¿ No lamentamos cada dia esos matrimonios sin amor estrechados con el lazo de interés, de consecuencias harto deplorables, y que no son otra cosa, segun la bella expresion de Fernando Garrido, sino prostituciones legalizadas ? » (p. XII), avant de stigmatiser la  « repetición de esas trágicas escenas que a menudo se representan en el teatro de la malvada sociedad ».

 

[40] On va même jusqu’à suggérer des « amoríos » du juge de Lérida, « arrebatado de amor por la niña ».

 

[41]  Cf. p. 134-135, mais aussi  « La tumba ignorada » et « Un reo en capilla » par Puig de la Puente  (cf. Puig) : ¿ Hasta cuando una muerte malhadada/con otra muerte ha de quedar borrada/y la sangre con la sangre ha de labarse ? », s’interroge E. Freixa. Le débat à ce sujet lancé en Espagne au XVIIIe siècle, à partir des idées de Beccaria, et alimenté par la traduction du Dernier jour d’un condamné à mort de Victor Hugo, la poésie d’Espronceda et le célèbre article de Larra, entre autres,  s’est trouvé relancé en 1854 avec la proposition d’abolition de la peine de mort émanant du député Seoane, dont la version de 1857 de la « légende » a pu se faire pontuellement l’écho.

 

[42] Seul le derniers vers est  en catalan et on ne trouve que peu de traces de catalanismes.

 

[43] Au point qu’un seul exemplaire est actuellement répertorié au Catálogo colectivo del Patrimonio Bibliográfico Español ; il est  conservé  à la Biblioteca Lambert Mata de Ripoll à laquelle je dois d’avoir pu consulter cet exemplaire.

 

 

[44] On ne peut exclure que la conjugaison de trois facteurs (l’application du garrot d’introduction encore récente à une belle et jeune femme dont le repentir apparaît comme notoire) ait conjoncturellement contribué à créer une émotion.

 

[45] Après avoir évoqué  la « malhadada/delicuente mujer », puis la « mujer arreprentida », on insiste sur «  la tranquilidad/serenidad de espíritu y el valor heroico/ejemplar » de Teresa dont on n’hésite pas à dire :  « Tal vez diria alguno que parecia en cierta manera como si participase ya algun tanto del goce de aquellas dulzuras inapreciables que disfruta el alma dichosa puesta en aquella santa compañia por quien tan vivamente suspiraba » (Memorias, 95).