Jean-François Botrel


La seconde tournée de Théodore Botrel au Canada français (1922)

 





Le rêve canadien d’un chansonnier breton [1].

A son retour en France, en juillet 1903, porteur des 15 000 francs qu’il a recueillis lors de sa retentissante  tournée d’avril-mai au Canada français, pour contribuer —décisivement—à l’érection tant attendue du monument à Jacques Cartier sur les remparts de Saint-Malo[2], Théodore Botrel (1868-1925) ne va pas oublier pas le Canada français qui ne l’oublie pas non plus.

Il sera naturellement présent à l’inauguration du monument, le 23 juillet 1905, où en présence des autorités françaises et canadiennes, il récitera « Le retour de Cartier ». À la série de douze cartes postales « canadiennes » éditées par Hamonic à Saint-Brieuc et  à ses chansons ou poèmes d’inspiration canadienne de 1903, il ajoute, en 1908, un poème à Québec (Je me souviens), puis,  pendant la guerre, un sonnet (Crucifié !) et une chanson intitulée Jean-Baptiste le canadien[3](ill. 7) et, après, une autre dédiée à la gloire des soldats canadiens français du 22e bataillon. Selon Le Passe-Temps des 7 juin et 5 juillet 1913, il interprète, en 1913,  des chansons de compositeurs canadiens, comme Chante paysan !  et Lorraine-Alsace . Il n’oublie pas de saluer, le 10 octobre 1904,  la naissance de la fille du docteur Brisset par une poésie de circonstances, se montre attentif à l’évolution du projet de monument à Louis Hémon en Bretagne, etc. Selon Le Nouvelliste du 23 janvier 1922, il est même à l’initiative en 1905,  d’un projet de ligue franco-canadienne qu’il était prêt à   mettre en œuvre lorsque la guerre a éclaté.

De leur côté, les Canadiens français ont adopté et acclimaté une bonne partie de ses Chansons de chez nous, reproduites dans Chansons de Botrel pour l'école et le foyer, publié à Montréal en 1903 et qui connaît de nouvelles éditions en 1904 (augmentée), en 1908 et en 1917[4], ainsi que dans d’autres recueils publiés à l’usage des élèves, ou, à côté d’autres chansons et chanteurs, dans la presse spécialisée ou non[5]. Dès  sa parution en 1907, la revue que Botrel dirige à Paris, La Bonne Chanson, distribuée par Granger Frères et Beauchemin, se trouve répandue « dans les familles et maisons d'éducation canadienne »,  et connaît même une version franco-canadienne[6]. D’autres poètes le citent, comme Jacquelin, ou lui consacrent des vers, ses chansons ou poèmes sont chantés ou déclamés par d'autres interprètes et enregistrés; elles inspirent des compositeurs canadiens, comme Armand Leclaire pour Le Conscrit (ill. 1).

















1. Le conscrit, chanson d’actualité sur l’air de La Paimpolaise (BAnQ 241856)



Une conférence lui est consacrée, le 19 avril 1911, par  le R. P. Pierre Hervelin, un oratorien, date à laquelle une rue portant son nom est inaugurée à Montréal[7]. A Port Blanc,  Pont-Aven ou Paris, il reçoit fréquemment la visite des canadiens français, comme  Lionel Groulx (ill. 2) qu’avec son épouse il ira voir à



















2.Lionel Groux et Théodore Botrel, à Port-Blanc (10 août 1908) (BAnQ P318, S2, P29)


Fribourg, lors de l’hospitalisation de celui-ci. A Paris, il rencontre l’artiste pianiste Madame Jules Legal qu’il retrouvera à Shawinigan. Au cours des « auditions », comme « barde des armées », il a l’occasion de côtoyer les soldats du 22e bataillon qu’il célèbrera dans sa chanson « Gloire au 22e »…

            Rien d’étonnant, par conséquent, qu’au Canada français, dix-huit ans après, on ait songé à faire revenir le « barde affectionné », « notre grand amis de Bretagne », le « troubadour patriote », notre « cousin d’outremer », le « doux poète breton », (qu’on oppose au « montmartrois » Louis Boyer), le « roi de la chanson française », le « champion de la bonne chanson française » —ce sont les termes employés en 1922 pour le qualifier—, pour une nouvelle tournée qui va effectivement se réaliser entre  le 16 janvier et le 15 mai 1922 (avec une excursion en Nouvelle Angleterre entre le 4 et le  10 mai ),  64 « concerts »[8]au total, dans 25 localités, qui amènent Botrel à parcourir, à partir de Montréal et accessoirement Québec pratiquement tout le Canada français d'Hull à Rimouski et de Grand-Mère à Mégantic[9].

C’est l’histoire de cette tournée et les réactions qu’elle a suscitées qui feront l’objet de l’étude qui suit, allégée, pour des raisons d’espace, d’une grande partie de l’abondant appareil documentaire recueilli.

 

Histoire d’une tournée.

            Lorsqu’il s’apprête à retrouver Montréal, sans sa « Douce » Léna (morte en 1916), mais accompagné du pianiste et chanteur fantaisiste marseillais et « montmartrois » Lucien « de » Gerlor (ill. 3)




















3. Théodore Botrel et Lucien de Gerlor (La Patrie, 14 janvier 1922, p. 19) (BAnQ MIC A133)


Botrel est un homme de 53 ans, engagé volontaire comme « chansonnier des armées » durant la Guerre de 14-18, blessé à plusieurs reprises et physiquement éprouvé par les « 1 484 auditions-conférences données dans 1305 dépôts, tranchées, cantonnements[10], et qui s’est remarié en 1919 avec Marie Schreiber (Maïlise)dont il a eu son premier enfant, Léna. Sollicité dès avant septembre 1920 et à plusieurs reprises par des impresarios canadiens, il avait jusqu’alors refusé des offres pourtant alléchantes, mais sa fille née et les besoins d’argent se faisant apparemment plus pressants, Botrel, qui a aussi besoin de se relancer après la guerre, finit, contre l’avis  semble-t-il de sa jeune épouse qu’il laisse ainsi que son bébé à Colmar aux soins de ses beaux-parents, par accepter la convaincante proposition de celui qui en septembre 1920 avait fait venir Caruso à Montréal,  l'imprésario Louis H. Bourdon[11]: 100 000 francs[12] pour 15 concerts et la perspective de 15 autres au même prix[13] :  pour Botrel, une sorte de rêve canadien.

Cette tournée toute commerciale dans sa conception, bénéficiera du « haut patronage du Ministère des Beaux Arts »[14] et peut aussi s’inscrire dans le cadre d’une politique de présence de la France au Canada français, illustrée par la mission française, qui avait visité Montréal en juin 1921, présidée par le Maréchal Fayolle, qui dans une lettre adressée à Botrel, voyait au  futur Québec, une « seconde France en formation » : « une bonne partie de l'avenir de notre race est là, chez eux! », avait-il dit (Le Devoir, 28 janvier). On verra que Botrel s’active au bénéfice de ce qu’on appelle désormais les relations franco-québécoises[15].

Botrel arrive le 11 janvier, après un voyage New-York Montréal en compagnie de Pablo Casals qui lui succédera dans la programmation du Théâtre Saint-Denis,  et tout semble devoir se dérouler comme dix-huit ans auparavant : dès la fin 1921, dans l’ l’Almanach du Peuple Beauchemin pour 1922, tiré à 80 000 exemplaires, on annonce pour janvier  (p. 321)  la venue du « cousin de France, comme il se plaît à se nommer lui-même », ainsi que  le rappelle La Musique de janvier 1922). D’autres articles dans Le Canada, Le Canada Français et le Franco-canadien, La Revue Moderne (ill. 4), etc. préparent l’opinion, puis, dès
















4. « En Bretagne chez Théodore Botrel », La Revue moderne, 15 janvier 1922, p. 22) (BAnQ. MIC 1542).


son arrivée, le 11 janvier, Botrel fait  les habituelles visites aux rédactions avec les articles qui s’ensuivent, puis les visites protocolaires, participe à des  premiers déjeuners et  thés, mais aussi à des messes et des prières, et retrouve  tous ceux qui l’ont connu, à commencer par l’abbé Louis Bouhier. Seul manque la réédition de l’accueil triomphal par les étudiants à l’arrivée à la gare du train qui a été bloqué six heures par la neige[16], et —sombre présage— en descendant du « char »,  Botrel a fait, sur le verglas,  une mauvaise chute et s’est abimé le nez…

Si le premier concert, le 16 janvier, au Théâtre Saint-Denis, réunit 2 500 personnes[17] et connaît un bon succès, il semble que rapidement la tournée rencontre des difficultés d’organisation, et la programmation doit être changée plusieurs fois, avec report et annulation de concerts[18]. Manifestement, Bourdon n’a pas bien estimé la situation et, en matière d’organisation,  se heurte rapidement à l’attentisme ou à l’opportunisme de l’Église et des congrégations religieuses qui sont alors des relais indispensables, au moins hors de Montréal, Ottawa et Québec : " les Curés n'autorisent pas les réjouissances le Dimanche (!) et fulminent quand elles ont lieu dans des salles autres que les leurs" , se plaint le très catholique Botrel à son épouse[19]. Ce qui est sûr, c’est que le 27 février, alors que le contrat avait apparemment été renouvelé pour 15 nouveaux concerts, Botrel rompt à l’amiable avec son imprésario, reprend à son compte les 10 concerts restants et va, avec l’appui d’Yves Le Rouzic, s’amuser à « combiner » la suite de sa tournée[20]. Le 20e concert, celui de Valleyfield, le 28 février, sera donc le dernier concert Bourdon, et après avoir assuré  des concerts déjà plus ou moins programmés à Grand Mère, Saint Hyacinthe, Farnham, Thetford Mines, Sorel, Lachine, Granby et Mégantic mais  qu’il négocie à des prix notoirement inférieurs[21], il va se limiter (sauf la mini-tournée à Lewiston et Lowell et les derniers concerts de Québec) à des prestations à Montréal ou dans sa banlieue immédiate, fondamentalement destinées à des couvents et pensionnats publics religieux et scolaires, des institutions pour les infirmes et malades, et des bonnes œuvres paroissiales ou non  (la liste pourrait être donnée), Botrel retombant définitivement et quasi exclusivement dans l’orbite catholique.

La deuxième quinzaine de mars et le mois d’avril qui voit Botrel quitter le Queen’s Hotel pour un appartement loué 150 piastres pour un mois, sera également consacrée à différentes visites (au chanteur Charles Marchand et au journaliste « Madeleine », entre autres), à des activités de relations publiques (à propos du projet de monument Hémon en Bretagne, par exemple[22]), et à l’édition et la vente de ses chansons[23], à l’enregistrement de 12 chansons à La voix de son maître (dans sa correspondance, il manifestera son enthousiasme pour leur qualité technique) et à préparer une tournée en Nouvelle-Angleterre, ce pour quoi il semble s’être adressé au Club France-Amérique[24]. Dès le 11 avril, il a réservé une cabine sur l’Empress of France qui doit quitter Québec le 16 mai.

Par rapport à la tournée de 1903, outre la finalité commerciale et l’intervention d’un professionnel des spectacles et deux prestations de Botrel à Québec, les 31 janvier et 15 mai,  en hommage au 22e bataillon, devenu le Royal 22e Régiment, ce qui frappe c’est évidemment la présence de la Société Saint-Jean Baptiste et des associations strictement françaises, mais surtout l’omniprésence des Chevaliers de Colomb qui achètent des concerts de Botrel, les accueillent dans leurs salles, accompagnent le chanteur de  leur orchestre et vont même jusqu’à lui conférer dans la même journée du 19 mars les 1er, 2e et 3e degré dans leur Ordre et le 2 avril le 4e.

           

L’accueil de la presse et du public.

Comme l’écrit De Surmont « le passage du Breton semble faire moins de bruit que lors du premier séjour[25]»  et la presse montréalaise, québécoise, mais aussi des localités où Botrel se produisit a été, au total,  moins diserte et enthousiaste qu’en 1903[26].

Certes, on peut lire —la presse est en général d’accord là-dessus en comparant le chanteur de 1922 à celui de 1903 dont la plupart des journalistes se souviennent—, que celui qui « s’en revient », est « le même qu’au temps passé » : « Botrel est toujours Botrel » écrit Le Droit du 20 février ; c’est l’auteur de « La Paimpolaise[27] », le « barde du pays breton, le beau diseur que nous avons appris à aimer et dont les chants répétés dans nos collèges, dans nos foyers, sont restés comme un monument érigé à la mémoire des ces beaux jours où, pour ainsi dire, Botrel vint semer le goût de le bonne chanson de France » écrit La Musique, dans son numéro de janvier, celui qui, après les 5 ans passés dans les tranchées à chanter ses « mélodieuses chansonnettes »  (Le Canada  du 13 janvier[28]), s’en vient de nouveau de Bretagne. Le spectacle qu’il offre, d’une durée de deux heures et demie, dont le programme (ill. 5) sera, presque



















5. « Botrel à Rimouski » (Le Progrès du golfe, 3 février 1922) (BAnQ MIC A107)


invariablement, composé d’une  ouverture patriotique , des « Refrains de la veillée », de « Chansons humoristiques » (par Gerlor qui est aussi l’accompagnateur au piano[29]) et  des « Chants de Bataille », avec Jean-Baptiste le Canadien, pour la première partie, puis, dans une seconde partie,  d’une « Ouverture rustique » (par Gerlor) et des « Chansons du retour »[30].

Dans la presse, ce programme est très inégalement commenté, reflet possible d’une opinion ou du sentiment du public.

Botrel, on le remarque, a "toujours cette belle voix chaude et vibrante d'avant guerre avec en plus un moelleux et une plus grande douceur" (Le Droit, du 20 février), "possède encore une voix agréable, plus grave, cependant (cf. se ressent des ravages du temps implacable et des randonnées difficiles et exténuantes sur le front"; bref « une voix " voix toujours chaleureuse"  mais « quelque peu fatiguée» (La Presse, 17 janvier). Mais c’est sans doute un journal anglophone d’Ottawa qui dit le plus clairement ce qu’ont pu à cet égard penser des spectateurs désormais habitués à entendre les meilleures voix du monde : « His voice in itself is nothing; but with a gesture, a nuance of facial expression or a shade of tone he will so illumine a song that it stands out in a clear, white light. His methods are exceedingly reserved ; there is no waste of energy, but a carefull economy; and every point tells ! [31] ».

            S’agissant des chansons,  c’est la partie connue , les « Refrains de la veillée », qui est d’abord commentée et évaluée. D’abord parce que Botrel vient de Bretagne : « On a donné le titre de barde breton à l'auteur: il le mérite car c'est toujours l'inspiration qui anime son œuvre. Je connais peu de ballades qui valent par exemple La lettre d'adieux[32] ou le  Petit Grégoire , écrit Frédéric Pelletier. parce que, comme chacun, celui qui « s’en vient » est breton et ce qu’il chante sur scène, dans son costume breton[33], ce sont les « gaités et tristesses » de la Bretagne, « ce vieux pays de Bretagne, patrie de si grand nombre de nos aïeux », comme dit La Musique de janvier 1922, un thème qui avait été abondamment repris, à propos de Cartier, lors de la tournée de 1903 et qui est devenu une allusion quasi rituelle : « nous Canadiens français qui tenons  à la Bretagne par de si profondes racines et d'où sont venus jadis un si grand nombre de nos ancêtres[34]". Botrel n’hésite pas à abonder dans ce sens[35]. La seconde raison pour cette préférence, c’est qu’il s’agit d’un « chansonnier présent dans bibliothèque à l'école et au foyer », de chansons connues que « nul Canadien n'ignore, que « chantent nos grands mères québécoises » et que beaucoup de spectateurs ont sans doute un plaisir déjà nostalgique à « entendre répéter les refrains enchanteurs qui ont bercé leur enfance » (Le Soleil, 31 janvier): car "depuis près de 20 ans les airs et les chansons de Botrel sont tout ce qu'il y a de plus populaire », assure Le Progrès du Golfe, le 3 février : « dans les maisons d'éducation secondaire et primaire (..), à tous les foyers, à la ville comme à la campagne, le paysan, l'ouvrier, "le bûcheron dans le campe ou la forêt", le marchand, le fonctionnaire et l'homme d'affaire « se sont surpris à les fredonner ou les siffloter ». « Qui n'a pas fredonné, qui n'a pas chantonné un refrain de Botrel ? », dit L'Evénement, le 31 janvier. A la fin du spectacle, c’est Le petit Grégoire (« La maman du petit homme/lui dit un matin… ») qu’on lui demande.

Mais même s'agissant des chansons les plus connues, le journaliste de La Presse dans sa critique de la veine folklorique botrellienne, le 17 janvier, trouve qu’il «  n'est ni subtil, ni châtié, mais "peuple" (…) il fait des œuvres adorables pour les enfants, exquises pour les amateurs de folklore qui deviennent ennuyeuses avec l'âge, que l'on fredonne en travaillant et que finalement on abandonne pour les apprendre de nouveau à ses propres enfants »…

            Mais le Botrel ainsi retrouvé cache de fait un « nouveau Botrel », car si « Botrel est resté le vrai barde breton que nous avons connu jadis »,  la majeure partie de ses chansons portent la trace de ces (sic) affres de la guerre[36]. Pour La Presse du 17 janvier, chez lui « la corde du patriotisme l'emporte sur la corde bretonne », et pour L’Evénement du 31 janvier).  il est « meilleur patriote que breton « .  Chez lui, « la gloire du soldat se marie à celle du chanteur » et l’annonce des spectacles dans la presse se fait d’ailleurs majoritairement avec une photographie de Botrel en uniforme militaire (ill. 6). 





















6 . Théodore Botrel en uniforme militaire (La Musique, janvier 1922) (BAnQ ?????)



L’Événement  des 28 et 31 janvier, rappelle que à côté des « poilus, ses frères, il a passé des nuits terribles, enduré des misères atroces, et subi tous les cauchemars de la guerre » qu’il « connut nos gars là-bas, pour les avoir suivi côté à côté », que les refrains de guerre sont les « chansons que nos gars qui prirent part au grand combat et qui combattirent vaillamment les hordes teutonnes ». On ne manque pas de saluer chez l’auteur de Jean Baptiste le Canadien  (ill. 7) et de Gloire au 22e (Chanson-marche harmonisée par le compositeur






















7  « Jean Baptiste le Canadien » (Chants de bataille et de victoire par Théodore Botrel Chansonnier des armées, Paris, Payot, 1915



québécois Omer Létourneau), la « belle pensée sur les armées canadiennes », "le beau témoignage d’admiration et reconnaissance envers le soldat canadien", dans Le défilé de la victoire[37]. Mais seul Frédéric Pelletier, dans Le Devoir, repris par Le Nouvelliste du 19 janvier, prend la peine d’écrire que Rosalie est un hymne vibrant à la baïonnette » ; que « la Mitrailleuse revêt, de par son revêtement musical emprunté à la fameuse Tonkinoise, une allure sarcastique qui convient bien à l'éclat de rire qu'est la pétarade de l'instrument de la mort » ; que  Le Défilé de la Victoire (pièce à dire) se termine par un sublime cri » et que Les Miracles de l'amour sont d'une inspiration très élevée".

Quant aux « Chansons du retour », les chansons d’après-guerre, celles du « sursum corda », si c’est la partie que Le Droit du 20 février considère comme «  la plus jolie peut-être et la plus joyeuse », remarquant que  Reprends ta blouse et tes sabots « si jolie avec son air enlevant fut coupée d’applaudissements à chaque couplet », c’est aussi la partie du spectacle la moins commentée, sans doute parce qu'elle est « la plus monotone, probablement à cause de la fréquence avec laquelle se chantent ici les mêmes thèmes », dit sans entrain La Presse, le 17 janvier. D’ailleurs, contrairement, à ce qui s’était produit lors de la première tournée, la presse ne fait que peu de références aux prises de position de Botrel à propos des « races latines » et du « flambeau du génie latin que la race française d’Amérique maintient d’une main ferme[38] ». 

            En revanche, les chansons du « grand beau gosse » et « chanteur satirique » Gerlor font l’unanimité : le « nouveau Fragson », le « chanteur de Montmartre », celui qui « fait rire aux larmes », « la bonne humeur personnifiée » (celui qui chante « Ugène passe moi l'Odorigène") est «  le favori de la foule » (Le Droit). Comme l’écrit Le Canada, le 2 mai 1922, « on ne se lasse pas des chansons de M. Lucien Gerlor : elles ont la magique vertu d’être  parisiennes et la vertu de ne pas dater ». On ne peut plus clairement afficher ses préférences…

D’ailleurs, au fil des concerts, la presse qui, en général, annonce les concerts Botrel, se montre moins encline à en faire des comptes-rendus et les poèmes à sa gloire, si abondants en 1903, sont devenus rares (ill. 8).






















8 « Théodore Botrel ». Poème par Arvor (Le Bien public, 19 janvier 1922, p. 7) (BAnQ MIC A75)



Symptomatiquement, même la soirée d’adieu à Montréal, le premier mai 1922,  présidée par le Consul de France et Victor Morin, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, ne semble pas avoir retenu l’attention de La Patrie ni de La Presse qui rend, néanmoins,  brièvement compte du concert au bénéfice de l’Union Nationale. Même Le Soleil semble ignorer le concert d’adieu à Québec, le 15 mai[39].      

 

Conclusion .

Après avoir chanté devant 30 à 40 000 canadiens français, Botrel rentre en France, fatigué par le froid et les longs voyages en « char » et en traîneau (Ill. 9), 























9. Souper à Mégantic, le 30 mars 1922, avec des serveuses « habillées en Bretonnes » (Nos Chansons françaises, n° 24, septembre 1922


avec en poche, 116 470 francs[40], ventes de chansons et recueils comprises, loin des 200 000 francs espérés et surtout, malgré une satisfaction de façade,  le sentiment que sa tournée n’a pas produit  auprès de ses « cousins du Canada » les mêmes effets que celle de 1903. C’est que si Botrel est pratiquement « resté le même » (sauf que, comme le dit crûment un journal, il « n’est plus tout jeune » et que cela doit se sentir à sa voix et à la qualité de ses performances), le Canada français, lui, a changé, et le relatif insuccès d‘une  tournée sans doute trop ambitieuse, est à mesurer à l’aune des évolutions intervenues dans des domaines sensibles pour le projet artistique et idéologique du ci-devant « chansonnier des armées » et toujours « barde breton ».

Comme le rappelle Denis Saint-Jacques, si « la France catholique continue à servir de référence exemplaire aux canadiens français (…), la Première Guerre mondiale (a distendu) ce rapport privilégié entre les deux cultures. En revanche, les Etats Unis, puissants promoteurs de la culture urbaine moderne, tendent dès cette époque à intégrer leur voisin canadien dans le marché national[41] » ; les chansons de Broadway ne transitent plus par Paris : des centaines sont traduites et enregistrées à Montréal, par des Québécois, rappelle R. Giroud[42].  Il suffit de jeter un coup d’œil sur la page de La Patrie où est annoncé le concert de Botrel au Théâtre Saint-Denis (ill. 3) pour comprendre la place que l’ancien et le  nouveau Botrel peut occuper au Canada français dans une culture citadine francophone : la « folie des années 20 » dans Aires de la chanson p. 86  qui commence à sévir, n’est guère compatible avec la remémoration du tragique mais déjà lointain épisode de la guerre 14-18…

On voit bien , en effet, que si l’évocation par Botrel des glorieux combattants du 22e bataillon canadien français à Vimy et Courcelette et son exaltation de « l'esprit de sacrifice du soldat" sont logiquement bien reçues, le patriotisme des Canadiens français dans leur majorité, plus réticents au début à s’engager dans la guerre, ne pouvait être que différent de celui de Botrel : si la guerre avait frappé dans leur chair les soldats et familles du 22e et des autres soldats canadiens pris par la guerre,  le souvenir des tranchées chez un Botrel physiquement et moralement secoué, la persistance chez ce « crieur de haine[43] » d’un état d’esprit  « anti-boches », ainsi que sa façon de se situer —contrairement à la majorité des anciens combattants, ainsi que l’observe Antoine Prost[44]— dans le prolongement de la vie militaire, ne pouvait sans doute être pleinement partagé. Et quel sens pouvait-on donner à la reprise obscène, car hors de leur contexte, de chansons « anti-boches » comme Rosalie et Ma petite Mimi ? Dans un Canada de plus en plus urbanisé, le public du théâtre Saint-Denis souriait-il aussi dédaigneusement que Botrel à la transformation de la Korentina de la chanson, « la gentille bretonne qui revient de Paris avec les mille colifichets de la mode qui porte un chapeau assez grand que pour toute la famille y vive en dessous[45] » ? Si pour Frédéric Pelletier, « Botrel incarne plus que les chanteurs montmartrois la grâce saine, l’esprit délicat et l’émotion intime du cœur français » (Le Devoir, 28 janvier), le modèle du chanteur montmartrois est pourtant bien présent et le répertoire de Gerlor avec ses « bonnes chansons » du café concert parisien est unanimement apprécié.

Restaient les « refrains de la veillée », manifestement les plus appréciés, mais alors que  dans le même temps l’on commence à revivre, avec des chanteurs canadiens et un répertoire folklorisé, le « bon vieux temps » avec les « Veillées » éponymes, les anciennes chansons de Botrel ne font plus vraiment recette, même sur le mode de la nostalgie,  auprès de ceux qui les ont apprises et chantées. Dans ce créneau aussi, la concurrence est d’ailleurs forte, y compris en dehors de Montréal, avec Charles Marchand et Albert Larrieu ou, dans un autre registre, Lucien Boyer, qui plus est, dans un contexte de crise qui, selon Botrel, pèse sur le succès des spectacles.

Certes, Botrel reste, pour le clergé catholique,  un apôtre, un propagandiste de la chanson et de la foi, l’incomparable « poète chrétien »,  qui « sème la bonne Parole, et en même temps le bonheur », auquel l'abbé Bouhier consacre, le 6 avril, une conférence à la salle Saint-Sulpice; quelque chose à opposer derechef à la chanson moderne d’origine américaine. Cependant, même dans les parties du territoire canadien français les moins urbanisées ou les plus contrôlées par un clergé qui garde intacte sa capacité à mobiliser les ouailles, les goûts semblent avoir évolué et on ne semble plus apprécier autant qu’autrefois, la « bonne chanson chrétienne » moins présente il est vrai dans le répertoire du nouveau Botrel qui observe, avec inquiétude, que, « peu à peu, le Clergé (le) lâche[46] ». Chose sans doute impensable dans les années 1900, Gerlor pourra se produire seul à Trois-Rivières avec, selon Botrel, un « répertoire salé pour hommes[47] » et même la mort de Benoît XV, annoncée le 23 janvier, ne perturbera en rien le programme des concerts de Botrel.

La référence à la « Mère Patrie» comme dans le poème d’Arvor ou à la « Grand maman », comme dans Jean Baptiste le Canadien, et aux cousins d’outremer ainsi que l’affirmation de  la fraternité entre « l’âme canadienne avec l’âme française », restent bien de mise. Comme l’écrit Frédéric  Pelletier dans Le Devoir du 16 janvier, « nous (les Canadiens français) sommes en effet le prolongement de la France intellectuelle et artistique en Amérique. Notre devoir est de ne jamais oublier » ; mais il ajoute « comme aussi de nous convaincre que cela ne nous oblige pas à aimer aveuglément et à copier servilement ce qui vient de France ». En des termes plus fermes l’abbé Groulx avait, en 1921, dénoncé le colonialisme politique et intellectuel français…

Autant de facteurs, plus ou moins confusément perçus par Botrel et connus de l’histoire culturelle qui peuvent expliquer que ses espoirs américain et canadien aient, en 1922,  été comme silencieusement déçus, même si après sa mort de Botrel en 1925 et dans la durée, ses chansons continueront d’être éditées et chantées au Canada français, grâce en particulier à La Bonne Chanson de l’abbé Charles-Emile Gadbois, jusqu’à pratiquement aujourd’hui[48].

           

                                                                             J.-F. Botrel

                                                                             (Le Buisson, 25 août 2009)

Sources

 

Fonds et collections patrimoniales de BAnQ

 

Archives :

Photo de Lionel Groulx et Théodore Botrel (P318,S2, P29).

 

Périodiques :

Almanach du Peuple Beauchemin pour 1922

Le Bien public (Trois Rivières)

Le Canada

Le Canada Français et le Franco Canadien (Saint-Jean)

Le Courrier de Saint-Hyacinthe

Le Droit (Ottawa)

Le Devoir 16 janvier 1922

L’Echo du Saint-Maurice (Shawinigan)

L’Evénement (Québec)

Montréal qui chante

Le Nouvelliste (Trois Rivières)

La Lyre (Montréal)

La Musique. Publication de l’Université Laval  (QuébecLe Passe-Temps

La Patrie (Montréal))

La Presse

Le Progrès du golfe (Rimouski)

La Revue moderne littéraire, politique, artistique

Le Soleil (Québec)

La Tribune de Sherbrooke

L’Union des Cantons de l’Est (Arthabaska)

 

 

Monographies :

BOUHIER, Louis, Théodore Botrel, poète chrétien. Causerie par l’abbé Bouhier à la Salle Saint-Sulpice Montréal 1922 ().

Chansons de Botrel pour l'école et le foyer, Montréal, Librairie Beauchemin (plusieurs éditions).

CHARTIER, Abbé Émile, Pages de combat. Première série. Études littéraires, Montréal, 1911.

HERVELIN, Pierre, « La chanson de Botrel. Conférence donnée au Monument National le 19 avril 1911, Montréal Granger Frères Limitée, 1911 ().

JACQUELIN,  Heures poétiques, Victoriaville, 1910.

 

Musique :

Partitions : Le Conscrit. Chanson d’actualité sur l’air de la « Paimpolaise » par Armand Leclaire créée par Mme Bella Ouellette. Chantée avec succès par M. Oscar Valade (241 856)

E. Belair, Imprimeur de Musique, Montréal

Le Défilé de la victoire (MUS. A 4433)

Le Fil cassé (MUS. A 4411, A 4418)septembre

 

Driant à Verdun (MUS. A 4425)

Les Miracles de l’amour (MUS. A 4432)

Rosalie (MUS. A4427)

La Korentina. Dédiée à la Ligue contre la désertion des campagnes (MUS. A 4432)

 

Enregistrements :

Les coqs d’or-Le défilé de la victoire (His master’s voice) (Col. Nationale, T000000787).

La Paimpolaise (His master’s voice) (Col. Nationale, T000000786).

La Korentina (His master’s voice) (Col. Nationale, T000000782).

 

Autres sources consultées

 

Imprimés

BOTREL, Jean-François, "La Paimpolaise" (1895-1995) : histoire d'une chanson", Le Pays de Dinan, XV (1995), p. 173-203.

----, « Botrel ou l’autofabrication de l’auteur », à paraître dans les Actes du colloque sur « La fabrication de l’auteur »  organisé à l’Université de Sherbrooke les 12-15 juin 2006.

----, « Au nom de Cartier : l’ambassade chansonnière de Théodore Botrel au Canada français en 1903 », à paraître dans les Actes du colloque « Passeurs d’histoire(s) » organisé par l’université Sherbrooke et la BAnQ, les 10-13 juin 2008.

BOTREL, Théodore, Chansons de route, Paris, Payot & Cie, 1915.

----, Chants de bataille et de victoire, Paris, Payot, 1920.

CAMBON, Micheline, La vie culturelle à Montréal vers 1900 Montréal, Fides, BnQ, 2005.

CHALIFOUX, Jean-Pierre (avec la collaboration de Marie-Andrée BEAUDET, Guy LAPERRIÈRE, Bernard PÉNISSON, Jacques Portes et Pierre SAVARD), Bref rappel des événements qui ont façonné l'évolution des relations entre la France et le Québec depuis la fin du Régime français (www.banq.qc).

GIROUX, Robert (dir.), Les aires de la chanson québécoise, Montréal, Triptyque, 1984.

DE SURMONT, Jean-Nicolas, « Le succès de Théodore Botrel au Canada français », Le Pays de Dinan, XIII, 1993, p. 55-68.

----, « La Bonne Chanson ». Le commerce et la tradition en France et au Québec dans la première moitié du XXe siècle, Montréal, Triptyque, 2001.

GROULX, Lionel, Mes mémoires. T. 1, Montréal, Fides, 1970.

----, Correspondance 1894-1967. Un étudiant à l’école de l’Europe 1906-1909. 2. Édition critique par Giselle Huot, Juliette Lalonde-Rémillard, Pierre Trépanier, Montréal, Fides, 1993.

LAJEUNESSE, Marcel, Les Sulpiciens et la vie culturelle à Montréal au XIXe siècle, Montréal, Fides, 1982.

MICHON, Jacques (dir.), Histoire de l'édition littéraire au Québec au XXe siècle. La naissance de l'éditeur. 1900-1939, Montréal, Fides, 1999.

Nos Chansons Françaises, n°24,  Septembre 1922,  « Botrel au Canada » p. 222-224

PROST, Antoine, Les Anciens combattants 1914-1940, Paris, Editions Gallimard/Julliard, 1977.

SAINT-JACQUES, Denis, LEMIRE, Maurice (dir.), La vie littéraire au Québec. V. 1895-1918, Sainte Foy, Les Presses de l'Université Laval, 2005.

 

Archives

Bibliothèque et Archives du Canada (BAC), Fonds Charles-Onésime Lamontagne, Fonds L. H. Bourdon

Archives de l’Université de Montréal (AUM) Collection Louis Hémon, Fonds Emile Chartier, Collection Victor Morin

Archives Botrel (AB) (La Noue, Sainte-Marie de Ré) : Lettres à de Th Botrel à Maïlise ; Agenda de Th. Botrel pour 1922.

 

 

 

 



[1] Cet article s’appuie sur des recherches effectuées, en juin 2006, dans le cadre d’une bourse de la BAnQ. Mes remerciements vont à l’ensemble de son personnel, ainsi qu’à celui des Archives du Canada, des Archives de l’Université de Montréal, et tout particulièrement à  Sophie Montreuil, Claudine Jomphe, Michel Biron, Estelle Brisson, Louise Tessier et Yolande Buono et à Marcel Lajeunesse, Josée Vincent et Jacques Michon qui, par leurs conseils ou informations, ont pu m’aider dans cette quasi découverte de la documentation conservée. J’ai un souvenir particulier pour Léna Botrel qui, jusqu’à la veille de sa mort, m’a accueilli dans sa maison de La Noue et m’a généreusement ouvert les précieuses archives de son père.

[2] Cette première tournée fait l’objet de mon étude intitulée « Au nom de Cartier : l’ambassade chansonnière de Théodore Botrel au Canada français en 1903 »,  à paraître dans les Actes du Colloque sur « Passeurs d’histoire(s), tenu à la BAnQ en juin 2008.

[3] Publiés respectivement dans Chansons de route (p. 55-56) et Chants de bataille et de victoire (p. 119-121).

[4] Selon Botrel, ses chansons « sont inscrites au programme des écoles » ; un point à vérifier.

[5] La base Iris de la BAnQ fournit toutes les références qui ne sont pas reproduites ici.

[6] J. N. De Surmont, La Bonne Chanson, p. 58 et 64.

[7] C’est également le cas à Châteauguenay et Lévis.  Son nom est même attribué à un lac et à un joli bureau de poste de la paroisse de Saint-Jean Port (entre 1913 et 1923).

[8] Les dénominations utilisées par la presse et Botrel lui-même : « séance », « soirée » qui exceptionnellement peut-être « de gala « ou « d'adieu », « matinée », « thé-concert, » « représentation », « audition », « conférence-audition » renvoient à une organisation variable de la performance.

[9] Botrel se produira outre à Montréal (34 fois) et Québec (5 fois), successivement à Saint-Jean d’Iberville, Trois-Rivières, Shawinigan, Victoria Falls ou Victoriaville, Nicolet, Rivière du Loup, Rimouski, Lévis, Montmagny, Joliette, Hull, Ottawa, Sherbrooke (2 fois), Rigaud, Valleyfield (2 fois), Grand-Mère, Saint-Hyacinthe, Farnham, Thetford Mines, Sorel, Lachine, Granby, Mégantic. Sauf Montréal, Québec et Ottawa,  il s’agit de villes dont le nombre d’habitants est rarement supérieur à 20 000, la majorité (onze) en comptant entre 5 000 et 20 000 et six moins de 5 000, comme Nicolet (2 342) et Rigaud (939).

[10] J. N. De Surmont, La Bonne chanson, p. 21.

[11] Louis-Henri Bourdon, fondateur avec J. B. Dubois, du quatuor à cordes Dubois, et, entre 1914 et 1947, « en tant qu’imprésario à Montréal,  à conclure 705 locations pour les concerts et spectacles ». Il fut, semble-t-il, le premier impresario canadien à placer les billets par appel téléphonique et à conclure directement des engagements avec des artistes de France, afin de les faire entendre au Canada et aux Etats-Unis. Entre octobre 1914 et novembre 1918, il avait organisé 20 concerts au bénéfice des œuvres de guerre et de bienfaisance, dont un pour les soldats blessés (BAC, Bourdon, MG30 D178 vol. 3).

[12] Plus de 104 000 euros et de 160 000 dollars canadiens de 2008.

[13] On ne dispose pas du contrat entre Botrel et Bourdon, mais il semble bien qu’au moins au départ les frais transports et d’hébergement étaient à la charge de l’imprésario. En 1920, on avait proposé à Botrel, 50+50 « conférences » à 2 000 francs chaque, plus un tant pour cent au dessus de 4 000 ; voyages payés en 1ère classe ; 25 000 francs disposés en Banque avant le départ, etc.  (BAC, Lamontagne, MUS 74 1976-9 III.5)

[14] Communication à Bourdon par Consulat de la République Française à Montréal, du 5 janvier 1922 (BAC, Bourdon, MG30 D178 vol. 3).

[15] Dès son retour en France, il a rendez-vous, le 25 mai, avec le chef des Œuvres françaises à l’étranger qui était alors Jean Giraudoux.

[16] Le 17 février, avant le concert que Botrel donnera à la Bibliothèque Saint-Sulpice, les étudiants de l’université de Montréal seront dispensés de cours et invités« à se grouper en face de l’université rue Saint Denis pour y attendre Botrel et de là l’accompagner jusqu’à la salle. « Il faut que la fête soit universitaire et par suite enthousiaste », dit la note conservée (AUM, Chartier, P2/15.16). La canne  à « béquille d’or » offerte à Botrel pour l’occasion figure dans la collection d’objets conservés par ses descendants.

[17] De ce concert, un programme est conservé aux Archives du Canada (BAC, Bourdon, MG30, D178 vol. 3).

[18] Ainsi Botrel n’ira pas à Sainte-Geneviève non plus qu’à Montmorency et Sainte-Thérèse.

[19] Les indications fournies par la presse et Botrel permettent de mieux connaître les infrastructures utilisées pour les spectacles : des théâtres (Saint-Denis, Monument National,

 Russell), la Bibliothèque Saint-Sulpice, les salles des écoles et collèges, de l’Ecole Normale de Montréal, des séminaires, ou de l’Académie Saint-Bernard à Shawinigan, le Manège Militaire de Québec, l’Hôtel de Ville de Trois-Rivières, mais aussi, la crypte (?) de l’Eglise de Granby, ou dans un dortoir où il faut empiler les lits, comme à Farnham, "un petit trou", écrit Botrel (AB, Lettre à Maïlise),  où tous les ouvriers (des ateliers du Pacific Canadian) sont anglais et où, à son arrivée, seules 100 places sont réservées, Botrel devant créer des billets de famille à une piastre donnant droit à 5 entrées, pour une recette finale de 200 piastres, plus 20 pour la vente de chansons (AB, Lettre à Maïlise).

[20] Botrel, autodidacte du spectacle, avait acquis une bonne expérience en la matière (cf. J.-F. Botrel, L’autofabrication de l’auteur.

[21] Selon les données figurant sur son agenda, les 20 premiers concerts auront finalement rapporté à Botrel 66 500 francs soit 332.5 $ en moyenne par concert, la rémunération de son accompagnateur étant à sa charge. Les 28 concerts payant donnés, par la suite, au Canada français lui rapporteront entre 50 et 200 $ par spectacle (3 477 piastres, au total) soit moins de 120 $ par concert.

[22] AUM, Fonds Hémon, P109 D3.5.

[23] Botrel parle à plusieurs reprises d’une « plaquette », d’un « recueil » ou d’un « chansonnier » dont il fait deux tirages d’au moins 3 500 exemplaires au total, pour un coût de 900$. Il peut s’agir d'une des versions de Ses chansons les plus populaires.

[24] Lettre du 7 mars 1922 (AUM, Morin, P50/A1, 68).

[25] J. N. De Surmont,  Le succès de Théodore Botrel, p. 60.

[26] Le dépouillement de la presse culturelle québécoise fait par la BAnQ garantit la meilleure exhaustivité au recueil d’informations qui ont été complétées par la lecture systématique (mais toujours pleine d’aléas), autour des dates des concerts, des autres journaux disponibles pour les localités visitées par Botrel. Le  cahier (?), connu de Léna Botrel, sur lequel une religieuse avait pieusement collé les coupures de presse ayant trait à la seconde tournée de Botrel n’a pu pour l’instant être localisé.

[27] Sur cette chanson, voir J.-F. Botrel, La Paimpolaise.

[28] Dans la presse, le Canada est le seul journal à insister sur le « facteur de revanche qu’a été Botrel à l’égal de Déroulède ».

[29] Comme les autres artistes, Botrel sera associé à des publicités pour les Pianos Pratte à Montréal, et Knabe à Québec.

[30] Un certain nombre de ces chansons et poèmes sont conservées dans la Collection Nationale, certaines partitions ayant appartenu au Cercle Ville Marie de Montréal.

[31] « Sa voix en soi n’est rien/pas grand chose ; mais avec un geste, une expression de son visage, ou une variation de timbre, il sait si bien illuminer une chanson qu’elle apparaît dans tout son éclat ; ses façons sont extrêmement réservées —il n’y a aucune débauche d’énergie, mais au contraire un grand souci d’économie ; et chaque détail est parlant » (traduit par nous).

[32] Soit : « La lettre du gabier »

[33] L’Hymne celtique  de son ami Taldir est inscrit au programme des « Refrains du retour ».

[34] Almanach du peuple pour 1922, p. 321.

[35] Voir, par exemple, « les Canadiens têtus —puisque descendants de Bretons pour la plupart », Lettre du 15 avril 1922 à Mademoiselle Hémon (AUM, Hémon, P109 D3.5).

[36] « Une soirée bretonne. Théodore Botrel attire une foule considérable au Théâtre Saint-Denis. Les gaietés et les tristesses de la Bretagne » (BAC, Bourdon, MG30 D178, vol. 2).

[37] …c’est du meilleur de son âme/que comme s’il acclamait les siens/ Paris frémissant acclame/les volontaires canadiens/qui dans un grand élan secourable/s’en étaient venus par milliers/enlacer leurs feuilles d’érable/à nos cyprès, à nos lauriers » (Col. Nationale, T 000000787)

[38] « Que toutes les races latines s’unissent à nous et nous vivrons dans une seule fraternité qui englobera le monde entier et ce sera tant mieux », a-t-il déclaré selon   Le Nouvelliste du 23 janvier . Et encore ceci : "cette victoire était nécessaire pour que le flambeau du génie latin ne cesse pas d'éclairer le monde, ce flambeau que la race française d'Amérique maintient d'une main ferme. C’est la France qui a toujours contribué à sauver la civilisation dans l’univers » (BAC, Bourdon, MG30 D178 vol 2). Dans sa lettre du 16 mai 1922  à Maïlise, son épouse alsacienne, il écrit ceci : « Les Canadiens disent: "Nous les Alsaciens d'Amérique nous restons Français malgré l'Anglais comme les Strasbourgeois ou les Colmariens malgré l'Allemand…", mais hélas!, sans espoir à présent d'être un jour libérés! ».

 

[39] A ces informations objectives et ces expressions publiques, il sera intéressant de confronter les observations et commentaires faits par Botrel dans ses lettres à Maïlise, qui ne peuvent, faute d’espace, être pris en compte ici comme ils le mériteraient. Ce sera l’objet d’une prochaine étude

[40] 105 470 au titre des concerts (une moyenne de 200 $, un tiers en dessous des exigences habituelles de Botrel) et 11 000 au titre de la vente de chansons, soit 187 519 dollars canadiens et 121 311 euros de 2008, une piastre valant alors, selon le taux appliqué par Botrel dans ses calculs, 10 francs français.

[41] La Vie littéraire, p. 28.

[42] Les aires de la chanson, p. 86.

[43] C’est ainsi qu’il se définit lui-même dans la poésie intitulée Si je meurs ici… (Chansons de route, p. 180)

[44] Les anciens combattants,  p. 51.

[45] BAC, Bourdon, MG30 D178, vol. 2.

[46] AB, lettre à Maïlise du 6 février.

[47] AB, lettre à Maïlise, 53. 

[48] La Paimpolaise figurait encore, en 1979, dans le n° 1 de C’était l’bon temps et a été chantée par l’assistance au Congrès sur « Passeurs d’histoire » organisé para la BAnQ et l’Université Sherbrooke, en juin 2008.