Texte

Jean-François Botrel

LA PAIMPOLAISE" : HISTOIRE D'UNE CHANSON (1895-1995).

(publié in: Le pays de Dinan, XV, 1995, pp. 173-203. Version en langue galicienne: Unión Libre, 5 (2000), pp. 283-305.).

 
A Léna Botrel.
 
            Comment expliquer le succès de cette "romance" ou "chanson d'amour" lancée à Montmartre en 1895, devenue "la Marseillaise de la mer, hymne national des pêcheurs de terre-Neuve et d'Islande", selon Anatole Le Braz (1), puis une " humble cantilène populaire" et, finalement, un timbre traditionnalisé, fredonné un peu partout jusqu'à aujourd'hui, associé à une certaine image de la Bretagne et encore parfois au nom de Théodore Botrel ?
            Il faudrait, de toute évidence, pouvoir situer et interpréter l'ensemble de l'oeuvre et des engagements de Botrel dans le cadre d'une histoire culturelle de la France et de la Bretagne contemporaines. Le travail est encore largement à faire...
            Il s'agira donc, pour le moment, de la simple histoire d'une chanson.
 
1. Quand le chansonnier se fait breton.
                        A l'origine, il y a la rencontre entre un jeune poète d'origine dinannaise et l'air du temps, organisée dans un cabaret parisien.
            Le poète, c'est Jean Baptiste Théodore dit Théodore Botrel qui, à 27 ans, est déjà l'auteur de divers "petits actes" ou saynètes (La Bombe, Pierrot papa, A quoi rêvent les petites filles) , de monologues et de poésies (comme "Voleur de pain" ou "La douleur du drapeau") et des paroles de nombreuses chansons : entre 1891 et 1894, il a, pour le répertoire du café concert, "arrangé" pour le compositeur Emile Spencer celles d'au moins quatorze chansonnettes polissonnes, "à faire rougir un régiment de zouaves" dira Félix Mayol (1929), et écrit des chansons satiriques d'actualité ("La complainte du magistrat", "Les trois grands mots", "V'là c'que c'est que la Fraternité"). Il a aussi rimé des poèmes ou des romances d'amour, pour Paul Delmet ("Les mamans", "Quand nous serons vieux"), et quelques chansons "rustiques" à la mode de Bretagne comme "La chanson de Pascalous" (écrite avec Emile Durafour), "Au son du biniou" ou "La ronde des châtaignes" (2) : on y trouve déjà les principaux éléments du folklore nécessaires à la représentation attendue de la Bretagne, à commencer par l'indispensable biniou (3).
            La Bretagne, en effet, est, depuis le milieu du siècle, devenue en France "la province par excellence" (Bertho, 1981). Dans les années 188O, l'émergence d'un régionalisme littéraire et politique sonne le "réveil des provinces" et sous les effets conjugués du phénomène touristique (4)  et de l'exode rural (5), la Bretagne, caractérisée par une représentation aimable de la vie rurale (et non maritime) alliée à un système d'interprétation conservateur" (Bertho, 1981) est, plus encore que les autres régions, confortée dans ses fonctions exotiques et réinvestie par des bretons "déracinés". C'est dans ce contexte que le couple Paimpol-Islande, mis sur le marché littéraire par Pierre Loti, va, par ailleurs, devenir, selon l'expression de F. Chappé (1990, 356), "un article haut de gamme de l'exotisme breton" et qu'après Mathurin Furic, Hippolyte Guérin (et sa fameuse "chanson bretonne" "Le biniou"), Léon Durocher (l'auteur de Clairons et binious), Yann Nibor (le "poète des matelots") ou l'interprète Yvonneck (6), le jeune Théodore Botrel va être amené à "typer" sa production en se référant de plus en plus, mais non exclusivement, à la Bretagne et à la mer, alors même que le cabaret est en train d'introduire une dimension "littéraire" dans la chanson et que "les terroirs s'affirment pour des usages nationaux décentralisés" (Oberthur, 1994).
            Le lieu et les circonstances dans lesquelles il a fallu à Botrel composer "La Paimpolaise" sont connus à travers les Souvenirs d'un barde errant : pour être "chansonnier de terroir" comme le lui suggérait le directeur du cabaret Le Chien Noir, Victor Meusy, il lui "fallait un répertoire bien typique" (Souvenirs..., 193) ; "La Paimpolaise" vient donc, avec "La Fanchette", s'ajouter aux chansons bretonnes déjà composées mais non chantées par Botrel : "Le voeu à Saint Yves", "Dors mon gâs", "Les berceaux", dont les mélodies plus simples que celles des chansons "à voix" comme "Au son du biniou", correspondent mieux au genre et aux capacités vocales du néo chansonnier breton qui passe, pour l'occasion et la couleur locale, le gilet de Pont-l'Abbé qui lui avait servi naguère pour jouer dans une pièce de son patronage, Le vieux breton (7).
            Les emprunts de "La Paimpolaise" à Pêcheur d'Islande, qui est à l'époque un des grands succès de librairie (8) , sont patents et explicites : Botrel, qui vient de lire le roman publié en 1886, parle de "paraphrase" qui lui permet de fixer, en six couplets (9), "le labeur terrible du morutier et l'image de celle qui l'attend au pays breton" (Souvenirs...,193).
            On y retrouve évidemment la trame du roman, du départ résigné à la fatale disparition de l'Islandais, mais aussi beaucoup d'ingrédients, à commencer par Paimpol et la falaise si controversée (celle de Ploubazlanec), le grand pardon, les genêts, la lande et les ultérieurs ajoncs, la curieuse expression "le pays breton", mais aussi l'entrepont et le "relent de saumure", qui permettent à la chanson d'amour de faire vrai tout en n'étant pas réaliste (1O). Il existe à l'évidence une préoccupation "littéraire" chez l'auteur, qui l'amène à préférer le "harpon" insolite en Islande au "gaffion" plus précis mais trop technique (11) et à filer la métaphore sur "l'aile du séraphin" et ou à user du singulier générique ("quand le Breton se fait marin"). L'affirmation de "l'essence chrétienne du marin breton" (Chappé, 199O), avec l'évocation du "curé", du "grand" puis de "Monsieur (an Aotrou) Saint Yves", de "Saint Yvon, notre patron" ("patron de ceux qui s'en vont" dans "Le voeu à Saint Yves"), du "signe de croix", de la "médaille qu'il baise" relève d'un choix plus personnel bien que largement partagé à l'époque, tout comme le sentiment anti-anglais ("Pour combattre la flotte anglaise / Comme il faut plus d'un moussaillon"). Enfin, "La Paimpolaise" doit sans doute à la chanson "rustique" des formulations comme "mes bons fieux" (forme picarde de fils également utilisée dans "Le voeu à Saint Yves"), "je ser'ions ben mieux à mon aise", "j'en f'rons deux à ma Paimpolaise", sans doute plus proches du parler des paysans de George Sand ou de Maupassant que de ceux du Goëlo (12). On remarquera que la référence aux "binious", référence obligée dans une chanson dite "bretonne" ("J'aime Paimpol et sa falaise / Ses binious et son grand pardon"), disparaît rapidement de la version initiale pour faire place au "vieux clocher" puis à l' "église", tandis que "ne t'en déplaise" est transformé en "mon vieux Jean-Blaise" (le prénom du vieux marin qui "veut oublier") et que le fameux vers "que la peau de la Paim/polaise", avec son double effet cocasse (13), est amendé pour faire place à " la coiffe à la Paimpolaise...".
            Le point de vue adopté dans cette "chanson des pêcheurs d'Islande", comme le dit le sous-titre, est clairement celui du marin auquel elle s'adresse, avec l'attente du retour et les promesses très incarnées et charnelles ( les yeux, la peau de la Paimpolaise, "les draps tirés jusqu'au menton", la perspective assez brutale de procréation) qui doivent l'accompagner. Le balancement régulier, sous forme d'oppositions suggérées, entre la Mer et la Terre, la fatale Fiancée et la promise, entre la narration à la troisième personne avec la compassion sollicitée et la profession de Foi à la première personne, font néanmoins que le sentiment du "pauvre gâs" est partageable par d'autres (femmes, citadins, terriens en général, etc.), tandis que l'attente indéfinie mais suggestive de la Paimpolaise est pleine de potentialités qui s'exprimeront par la suite, avec une véritable inversion de point de vue. Dans l'immédiat, il est intéressant de constater l'absence de référence à la bientôt célèbre "croix des veuves", pourtant bien présente dans le roman de Loti.
            La musique -"un air de chasse entendu souvent, jadis, à l'orée des forêts enchantées où (il) rodai(t) petit garçon" (Souvenirs..., 193)- Botrel se rappelle l'avoir "dictée" à Eugène Feautrier, chef de musique militaire et compositeur (14), simplement chargé de l'harmoniser, mais qui apparaîtra finalement comme compositeur(15). Rien à voir avec le timbre traditionnel utilisé pour "La Fanchette" avec ses formules à reprendre en choeur ("Verse à boire", "Buvons donc"). Cependant l'opposition entre le mode mineur du couplet et le mode majeur du refrain accompagnant l'alternance des personnes et des points de vue (narrateur, sujet), la reprise dans le refrain de deux phrases musicales de construction simple, en deux parties (re do si ...si ; sol la si...si) et symétriques , l'alternance régulière dans le refrain de rimes féminines en si (celles en -aise, déjà utilisées dans "La chanson de Pascalous") et masculines (celles en -on) une ou deux notes en dessous, avec le respect de la cadence sur le "breton" final, les couplets avec leur thème unique suivi de l'annonce du refrain par un "pont" de deux vers plus courts à rimes masculines, les accents marqués, tout cela garantit une adéquation  simple au sens, dans le registre du grave, du triste et du doux, mais aussi une mémorisation facile.
            "La Paimpolaise" est donc le résultat d'un assemblage opéré dans l'urgence ( moins d'une nuit ! ) pour un succès qui sera immédiat et durable.
            Il est difficile, faute d'informations, de mesurer l'incidence sur le succès de la chanson, de l'interprétation par Botrel, avec son "filet de voix agréable" (Souvenirs..., 192). De l'écoute d'un enregistrement tardif (Pathé X 3743, 78 t./m.) on retient, outre la phonétique propre à l'époque et au pays gallo ("a" vélaire, comme dans "gâs" et "trépâs", "r" dental roulé, aspirée laryngienne dans "harpon"), les accentuations marquées avec l'effet de balancement qu'elles produisent, le changement de rythme entre le couplet (moderato) et le refrain, pour lequel la partition de 1895 prescrit d'ailleurs "Gaiement et un peu plus vite"(16) qui accentue le contraste entre la mélancolie et la joie contenue dans la déclaration d'amour, la dramatisation perceptible avec trémolos ("breeetooon") ainsi que les variantes renforçant l'appropriation par l'Islandais de sa Paimpolaise ("ma", "ma p'tite Paimpolaise").
            On aura garde d'oublier les mimiques ou les gestes qui devaient accompagner l'interprétation sur scène : Félix Mayol, qui lance "La Paimpolaise" au Concert parisien où il fait ses débuts le 31 août 1895 (on aimerait pouvoir entendre son interprétation ! ), en suggère un lié au vers "Les draps tirés jusqu'au menton"(17), mais on peut en imaginer d'autres destinés à renforcer tantôt l'expression de l'attente du marin tantôt le caractère dramatique et vaine de celle-ci...
            Parmi les premiers auditeurs de "La Paimpolaise", un certain Armand Dayot, de Paimpol, inspecteur général des Beaux-Arts et critique d'art à Paris, alors président de l'Association des Bretons de Paris et membre de la société littéraire et artistique La Pomme, déclare ressentir "une douce émotion" devant cette chanson bretonne. Selon Botrel les encouragements reçus  de lui, alors que "dans ce Paris sceptique et blasé (sa) note sauvage et rude menaçait de passer inapperçue", lui furent d'un grand réconfort (Souvenirs..., 196). Il lui dédiera "La Paimpolaise" .
            "La Fanchette" et "La Paimpolaise" bénéficient, en tout cas, d'échos quasi immédiats dans la presse nationale et normande (18), mais la consécration vient avec leur publication, le 1O novembre 1895 et le 12 janvier 1896 respectivement, dans le Gil Blas illustré, avec une illustration de Steinlen. C'est, cependant, "La Paimpolaise" qui connaît le plus de succès et c'est elle que l'on trouve reproduite, avec le dessin de Bombled consacré à une Bretagne pittoresque (avec biniou et bombarde), plus terrienne que maritime d'ailleurs , sur la chromolithographie distribuée en prime aux abonnés du Petit Journal ... La presse nationale à grande diffusion vient de lancer "La Paimpolaise".
            Il convient de rappeler que les Islandais et Paimpol sont alors devenus (grâce à Pêcheur d'Islande) un thème national : on peut en trouver la preuve dans les nombreux articles que la presse nationale consacre aux naufrages, aux initiatives secourables qui s'ensuivent, depuis celle de Pierre Loti en 1887, mais aussi au Grand Pardon de Paimpol qui attire des foules nombreuses (Chappé, 1990). On peut penser que la toile peinte par Alfred Guillou en 1892 ("Adieu!") qui représente "la lutte de géant, contre cette épousée de tombeau" avant l'engloutissement (19) ou, dans un genre moins dramatique mais plus réaliste, l'"Intérieur de thonier" peint par C. de Maristchy à la même époque (2O) témoignent aussi de ce courant d'intérêt. L'année où est créée l'Oeuvre de mer pour "nos pauvres diables de pêcheurs" dont les souffrances décrites par Pierre Loti ont ému le pays tout entier (21), on peut dire que "La Paimpolaise" est aussi une chanson d'actualité.
            Elle connaît alors -dit-on- "un succès de rue" à Paris mais elle est, tout comme Botrel, encore inconnue en Bretagne ; il faut attendre le retour au pays de Dinan du poète dinannais "précédé d'une petite renommée acquise dans la Capitale" (Souvenirs..., 210), pour qu'une nouvelle vie -un nouveau sens- commence pour la chanson.
 
2. Quand "La Paimpolaise" se fait bretonne.
            Il faut ici faire référence aux activités de la société parisienne La Pomme, fondée en 1877 par un dinannais, Paul Sébillot, qui a l'originalité d'associer des bretons et des normands à égalité de droits et de devoirs, et qui, en août 1895, tient ses assises annuelles à Dinan. Botrel en est devenu membre "à la prière" du Dr. (Edmond) Barré qui en est alors le secrétaire et son retour dans sa ville natale et en Bretagne se prépare.
            C'est à "l' hyper-dithyrambique" journaliste Théophile Janvrais qu'il revient, dans l'Union libérale du jeudi 18 juillet 1895, dans la rubrique "les Dinannais du jour", de présenter le "chansonnier Théodore Botrel", dans un grand article qui se termine par le refrain "allegretto" de "La Paimpolaise", "la chanson des pêcheurs d'Islande, dédiée à notre charmant compatriote Armand Dayot" (22). Elle est d'autant plus d'actualité, selon le journaliste, que "la presse fait la quête pour les pauv' p'tits des Islandais (sic)". Le portrait de Botrel est déjà en montre à la librairie Peigné. Le numéro du 28 juillet reproduira intégralement les paroles de la chanson chantée par Botrel au banquet du 21 juillet, assorties de ce commentaire qui doit beaucoup aux stéréotypes ambiants : "les paroles en sont charmantes et la musique a la douceur triste des airs bretons que chante la petite pâtouse le soir dans les landes semées de rochers des environs de Trégastel"...
            Le lendemain, au déjeuner de La Pomme offert à l'Hotel de Bretagne, Botrel se fera de nouveau applaudir avec "La Fanchette", "La Paimpolaise" et "Les Mamans".
             Pour l'Union Malouine et Dinannaise qui, sous la plume de F. Bazouge, rend compte avec réserve de cette manifestation présidée par Yves Guyot, ancien ministre des travaux publics, directeur du journal Le Siècle et libre penseur, "La Paimpolaise" de Botrel "est un véritable chef-d'oeuvre de sentiment (...)".
            Le président de la Société chorale dinannaise La Thyphaine ayant mis à la disposition du couple Botrel son "cottage" Ker-Bruc à Port-Blanc pour le remercier d'une nouvelle présence à Dinan, c'est là que Le Journal de Paimpol ("Maritime, commercial, industriel, agricole et littéraire") trouve l'auteur de "la charmante chanson -aussi charmante que son sujet, parbleu- "La Paimpolaise" publiée récemment dans le supplément du Gil Blas " (le 12 janvier) et "qui est en passe de devenir populaire à Paris, -et en Bretagne", comme l'écrit Maurice Geslin le 26 janvier.
            La semaine suivante ( le 2 février), le Journal de Paimpol peut annoncer la soirée de gala artistique et littéraire, organisée par les armateurs et les notabilités paimpolaises à l'issue du Pardon des Islandais du 9 février où il s'agira d'applaudir un Breton, "le mélodieux créateur de "La Paimpolaise" (accompagné de Madame et de Robert Bertin, un jeune comique) dans des chansons bretonnes" ; c'est , dit Maurice Geslin, "une affaire de patriotisme". Lors de la soirée de gala qui se tient à l'Asile communal, Botrel interprète bien sûr "sa jolie chanson "La Paimpolaise" déjà aussi populaire au pittoresque pays de Trégor et de Goëlo que dans les cabarets artistiques de Paris", assure le journaliste, mais également "La Fanchette", "Le retour du marsouin" (reproduit dans le Gil Blas illustré du 3 mars 1896, avec un dessin de Steinlen), "Le voeu à St Yves", "Mon bateau", "Les terre-neuvas", "toutes chansons de marins et des filles d'Armor", tandis que Mme Botrel chantera "Dors mon gâs", "La voix des cloches", "Notre dame des flots" et "dira une bonne prière pour tous nos braves pêcheurs du grand large" et que Robert Bertin fera d'hilarantes imitations du Tourlourou (c'est-à-dire de Polin, interprète des "Heures militaires" de Botrel, entre autres)...et que "le bon diseur" Y. Philippe se produira dans "Le Renard et le Corbeau", fable récitée par un Anglais.
             Il s'agit bien d'un spectacle sur le modèle du cabaret parisien -Montmartre à Paimpol, en quelque sorte- et la "Chanson des pêcheurs islandais" est manifestement réservée à la bonne société des armateurs et des commerçants. Plus tard elle sera plus exactement sous-titrée "Chanson dédiée aux pêcheurs d'Islande" (23). On n'apprendra rien de l'accueil réservé par le public paimpolais à "La Paimpolaise" (Le Journal de Paimpol ne reproduit d'ailleurs pas le texte de la chanson, mais les Chansons de Botrel, dont "La Paimpolaise", sont en vente à la Librairie Le Flem) ; on saura, en revanche, qu'une quête a été faite "par Mme Botrel conduite par M. Y. Le Goaster, armateur, et Melle Le Rochais conduite par M. Botrel" au profit de la Caisse mutuelle de secours des marins du quartier de Paimpol" (24). Le jeudi suivant le chansonnier Botrel prêtera aussi son bienveillant concours à la matinée artistique organisée en faveur de la caisse de secours au Petit Séminaire de Tréguier..
            L'accueil fait à "La Paimpolaise" à Paimpol semble cependant avoir été plus large puisque, dès février 1896, Théophile Janvrais qui est aussi "reporter" au Pardon des Islandais et prodigue ses articles dans la presse parisienne, n'hésite pas à "voir", pour ses lecteurs, plus d'un pêcheur rentrant "à la cabane de la côte en fredonnant comme plus tard à la grand mer, la chanson de "La Paimpolaise" de Théodore Botrel (25), la même affirmation étant faite dans le Petit Parisien  et dans le Petit Journal  et reproduite dans le Journal de Paimpol du 16 février et du 1er mars.
            L'appropriation par les "populations de la côte" de "La Paimpolaise" et d'autres chansons de Botrel sera, en effet, rapide . Anatole Le Braz, manifestement très impressionné, rappelle, dans sa préface aux Chansons de chez nous, que lors une des veillées que Botrel donna au Port-Blanc, dans le grenier de l'auberge Le Roux, accompagné à l'accordéon,  il n'eut pas plus tôt "entonné la "Paimpolaise" que d'un élan spontané irréfléchi, l'assemblée lui fit chorus, en un formidable crescendo de voix rauques ou nasillardes".
            La chanson de cabaret montmartrois introduite en Bretagne par la presse nationale et des relais locaux, connaît donc, après sa création à Dinan et à Paimpol par Botrel lui-même, un réel succès auprès du public breton. Il semble bien s'être produit une forme d'adhésion identitaire, voire une identification, à ce produit d'importation qui flatte certes l'amour propre local des Paimpolais  -sans en avoir eu sans doute l'intention-  mais qui renvoie sans doute aussi à quelque chose de plus profond et "parle" alors aux pêcheurs, à leurs femmes et aux autres Bretons.
            La chanson va, désormais, poursuivre une double carrière : française (ou francophone) et bretonne, auprès d'un public à la fois élargi et  caractérisé, tel celui de la Flotte.
 
3. "La Paimpolaise" dans tous ses états, en France et en breton.
            "La Paimpolaise" va évidemment figurer au répertoire de Botrel (le "poète breton") qui, toujours accompagné au piano, poursuit sa carrière parisienne au Chien Noir, au Tréteau de Tabarin, puis au Cabaret des Quatre'z'arts où il se produit tous les jeudis après-midi en janvier 1900 ; elle sera un morceau quasiment obligé (au moins en bis) dans tous les innombrables galas ou conférences-auditions que Botrel donnera tout au long de sa vie à l'occasion de ses tournées en France, en Belgique, au Canada. Contentons-nous de quelques échos de la soirée artistique du 25 février 19OO, au Kursaal de Besançon, pour la Conférence Saint Thomas d'Aquin où en final est donnée "la Paimpolaise fameuse et dont l'annonce seule fait éclater dans la salle des bravos enthousiastes" et le chroniqueur d'ajouter : "Nous savourons une fois de plus ces strophes si délicatement ciselées, si fraîchement colorées, si tendrement émues" (26) . L'a-t-il chantée en 1907 devant la Société des Oeuvres de Mer (Chappé, 1990)? En tout cas, en 1911, alors que Quimperlé accueille les assises de La Pomme, à l'issue du déjeuner offert par la-dite société à M. le Maire de Pont-Aven et aux reines des Ajoncs d'Or (chez Julia), c'est naturellement la "fameuse Paimpolaise, dont deux millions d'exemplaires n'ont pas épuisé le succès" qui sera chantée par Botrel (27)
            Mais il ne faut pas oublier que "La Paimpolaise" est également au répertoire de Mayol, fils d'un premier maître-canonnier (breton) de la Marine , qui la crée aux Concerts parisiens et la chante bientôt à Toulon devant les marins de la Flotte (27). Elle aura figuré parmi d'autres chansons où le thème du retour attendu, espéré, redouté par les matelots et les "mathurins" est également développé, comme dans "La Fanchette" ou "La mer et la fille". Chanson de marin en bordée ( cotage G. 2258.O), genre cultivé officiellement par Yann Nibor (29) auquel Botrel semble avoir rapidement fait de la concurrence. D'ailleurs, l'ouvrage Chansons de chez nous , publié en 1898 et récompensé par le prix Montyon de l'Académie Française, est admis, par décision du Ministre de la Marine, à figurer dans toutes les Bibliothèques des équipages de la Flotte et Botrel, après Mayol et Yann Nibor, chantera pour les équipages de la Flotte : en 1900, à Brest, durant deux semaines, l'hiver suivant à Toulon, au Golfe Juan et à Villefranche et, en 19O1, Loti entendra chanter "La Paimpolaise" à bord du Pascal en baie d'Along (Souvenirs..., 268).
            Dès 1898, "La Paimpolaise" figure, avec "La Fanchette", au répertoire des cylindres enregistrés des Anciens établissements Pathé frères dans la catégorie "Romances et grands airs" ; en 1900, elle fait partie des "Chansons et chansonnettes du Répertoire montmartrois",  où elle figure sous le n° 1051, au prix de 3.5O, puis de 1.5O fr. En 1912, on la trouve au répertoire des disques Pathé dans un enregistrement par M. Marcelly (n° 2562) et dans un autre anonyme, en tant que "chanson bretonne" (n° 2896). En 1926, "La Paimpolaise" figure toujours au même répertoire, avec le n° 5157.
            En tout cas, avant la fin du siècle, la chanson "La Faubourienne ou Prends ton fusil, Gavroche", "chanson patriotique" de Botrel est déjà présentée comme étant de "l'auteur de "La Paimpolaise", et, selon Marcel Monmarché, Paris "écrit l'histoire contemporaine sur l'air de "La Paimpolaise", devenue le passe-partout, le leitmotiv  de l'actualité : Krüger (l'âme de la lutte des Afrikaners contre les Britanniques ; J.-F. B.) a été au passage accommodé à cette sauce. Le crime de Corancez a fourni la plus récente variation et la séquestrée de Poitiers offrira évidemment la prochaine " (3O). Au début du siècle, "La Paimpolaise" a, dit-on, déjà fait le tour du monde...
            Il est vrai aussi qu'elle a abondamment été diffusée par son éditeur Georges Ondet, en "chansons détachées", "guitares" et "piano et chant", soit en petits et grands formats : elle figure bien sûr comme première de la Première série (avant "La Fanchette", "Dors, mon gâs ! ", "La ronde des chataîgnes", "La Vilaine", "L'Océan", "La Jalouse", etc.) de la collection des "Chansons de Bretagne" ensuite intitulée "Chansons bretonnes" . La liste des éditions successives est encore faire et les tirages à quantifier, mais on sait, par exemple, qu'en 1897 la collection Chansons et monologues illustrés , vendus au prix de 10 centimes le numéro, consacre son n° 445, perdu au milieu de ceux consacrés aux chansons et textes interprétés par Claudius ou Polin, à "La Paimpolaise" chanson chantée par Théodore Botrel, avec sur la couverture un portrait de celui-ci gravé par Charles Dietrich d'après une photographie de Marius. En 1903, Paris-Chansons consacrera aux Chansons de Botrel, "le barde populaire breton", quatre placards imprimés, en couleur, recto-verso, avec un premier tirage de 100 000 exemplaires chacun, et vendus au prix  de 0.20 centimes (il s'agit de "Chansons à succès pour Salons") : "La Paimpolaise" figure dans la troisième livraison, vendue, comme les autres, par les colporteurs ou par les chanteurs des rues. Elle a déjà été recueillie dans les Chansons de chez nous  (qui, malgré son prix, a, dès 1898, connu un tirage de 25 000 exemplaires (31) ; elle sera également reproduite d'abondance dans les revues spécialisées dans la chanson, telles L'Album musical, La musique pour tous ou Paris qui chante. Elle figure aussi, dès 1904 -sans le cinquième couplet anti-anglais ! - dans la compilation de 71 poèmes-chansons faite au Québec par le sulpicien Louis Bouhier sous le titre Chansons de Botrel pour l'école et le foyer  éditée par les Editions Duchemin à Montréal (32). En 1913, on trouvera "La Paimpolaise" reproduite dans le Premier chansonnier Turcot. Vieilles et nouvelles : 75 chansons  publié à Lowell dans le Massachussetts.
             Isoler "La Paimpolaise" de l'ensemble des chansons bretonnes de Botrel risquerait cependant de faire oublier que si l'auteur de "La Paimpolaise" réussi à s'affirmer comme "poète et chansonnier breton", il le doit tout autant à l'image rurale qu'il donne de la Bretagne et qui devient rapidement prédominante. Les "Chansons bretonnes" illustrées par H. Barillet avec des bandeaux de gui, ajonc et houx, comportaient, pour la première série publiée en 1896, des menhirs, un profil de pêcheur avec suroît et pipe en médaillon, un penn-ti et une goëlette ; dès la deuxième série, publiée la même année, ces motifs sont remplacés par une bretonne en coiffe avec panier, un portrait de Botrel (de profil, avec lavallière) dans le médaillon, et un breton à penn-baz dans un champ et, en bas, un canot échoué sur une grève. D'ailleurs, les dessins de E.-H. Vincent utilisés par l'éditeur Ondet pour l'affichette chromolithographiée consacrée à "La Paimpolaise"(31) ou pour la couverture des Chansons de chez nous  (1898) réservent la vedette à un steréotypique breton en bragou braz, avec son pen baz, sur une fond de marine douarneniste.
            Deux ans après son introduction en Bretagne, la fortune de "La Paimpolaise" et d'autres chansons de Botrel s'est, selon A. Le Braz, "étendue à tout le pays breton. Des musiciens nomades les vont colportant de foire en foire, de Pardons en Assemblées, aux sons d'infatigables violons, accordéons ou harmoniums" assure le préfacier des Chansons de chez nous.  Il n'hésite pas à écrire pour ses lecteurs des Débats et de la Revue des Deux Mondes  que Botrel "a conquis, d'un coup, dans toute la Bretagne une popularité du meilleur aloi. Ses chansons d'allure si franche, d'accent si profond, y sont actuellement sur toutes les lèvres. Elles ont leurs entrées dans les salons et voltigent à travers le peuple. Elles courent les champs et les grèves, que dis-je? elles courent le monde ! Nos marins durant les nuits nostalgiques du large les entonnent dans la grand hune. Je vous défie de passer derrière la haie d'un courtil ou devant le seuil d'une chaumière sans entendre fredonner "La Paimpolaise" (34). Elle aura sans doute été distribuée, avec d'autres chansons de Botrel, dans les maisons de repos pour pêcheurs en Islande et à Terre-Neuve (Chappé, 1990, 307). En 1899, en tout cas, l'Almanach du marin breton, qui paraît pour la première fois, reproduit sept chansons de Théodore Botrel : "La Brestoise", "La Grésillonne", "La Concarnoise", "La Gavraise", "La Morlaisienne", "L'Audiernoise" et "La Douarneniste", toutes sur l'air de "La Paimpolaise" et sur le thème du départ et de l'attente du retour...
            Dès 1897, on trouve  d'ailleurs une traduction en breton de "La Paimpolaise", due au "barde populaire" de Guerlesquin, Charles Rolland : "Ar Bempoulezen". Traduction littéraire bretonne de "La Paimpolaise" du célèbre chansonnier breton Théodore/Doric Botrel ("war ar memeus ton evel en gallek ; sur le même air qu'en français") publié en une feuille volante en même temps que "Ar biniou", traduction du célèbre et populaire alors "Biniou". Sur cette feuille de "Chants populaires bretons", il est précisé : "D'amm c'henvreur ker Doric Botrel" et la date : Gwerlesquin, 14 Gwengolo 1897 (33). Charles Rolland interprétera "Ar Bempoulezen", en 1898, à Ploujean, à l'occasion de la "résurrection du Théâtre Populaire Breton" et le refrain de "La Paimpolaise" sera repris dans La voix du lit-clos, revue-"veillée bretonne" écrite par Botrel et représentée pour la première fois à Rennes, salle Duguesclin, le 3 décembre 1900, à l'initiative de la Fédération des Etudiants Bretons ; François Jaffrenou/Taldir y chante le "Bro goz ma zadou"...
            Signe infaillible de succès, la récupération de "La Paimpolaise" par la publicité : la marque de lin extra "A la Paimpolaise" (Ar Benpoulezen neul lin gwal greñv) publie une affichette (18O x 111 mm) inspirée de la chanson (36) et Lefèvre Utile édite une chromolithographie dorée (17O x 92 mm) intitulée "La Paimpolaise" avec une photo de Botrel et les vers suivants, écrits apparemment au Canada, en 19O3 : "Notre coeur nostalgique pleure/Lorsque nous te dégustons/En exil -ô cher Petit Beurre/Petit Beurre des Bretons". N'oublions pas, enfin (?), que Théodore Botrel faisait partie des 51O célébrités contemporaines de la 2e collection des images des magasins Félix Potin où il est précisé : "Sa Paimpolaise est connue de tous" (37).
           
4. Botrel et les Bancs.
            Après "La Paimpolaise", on sait que Botrel a continué à exploiter la veine des bancs d'Islande et de Terre-Neuve : avec les informations certainement recueillies auprès des pêcheurs du Port- Blanc ou puisées aux oeuvres de Le Braz, comme Pâques d'Islande, il écrit dans un sens plus réaliste ou plus épique,"Les petits graviers", Complainte vraie dédicacée à son mousse Jobic, ancien gravier, "Les Terr'-Neuvas", Chanson des pêcheurs de Terre-Neuve, qui lui permet  d'honorer à présent la région de Saint-Malo et de Dinan, ou "Pauv'p'tit gâs", mais aussi les récits "En dérive" et "Péri en mer !..."(38). L'Islande est également  et évoquée, sur le mode sentimental dans "Mon gâs d'Islande" ou sur le mode lyrique dans "Goëlands et goëlettes", compositions qui sont toutes antérieures à 19OO.
            Botrel lui-même apparaîtra volontiers costumé en Islandais, "suroît en tête", par exemple sous le crayon d'E. H. Vincent, l'illustrateur des Chansons de chez nous, et avec "ciret" et sabots-bottes lors des représentations de La voix du lit-clos, dans le rôle du Pilote qui perdu ses trois fils en Islande (dont l'un par la faute des Anglais), ou pour les besoins des cartes postales de E. Hamonic (Le p'tit gâs (n° 444), Les terneuvas ! (n° 306)), avant de se montrer, plus souvent, en pêcheur à tricot rayé, mais aussi, à l'occasion, en marin à col bleu et pompon rouge. Il contribue ainsi à conforter un courant qui se fait plus réaliste et social (39), mais dont on exploite encore la dimension "dramatique". Bientôt seuls les aspects typiques et folkloriques seront retenus et le "Vieux capitaine islandais" cèdera même la place au type du "Vieux loup de mer"...
            Les illustrations qui accompagnent le texte de la chanson rendent bien compte de ces tendances. C'est ainsi que la première illustration connue, la lithographie de Sales (?), d'après un dessin de Jean-Marie Even, le maire de Dinan (4O), est particulièrement réaliste et crue, malgré une composition assez compliquée : la goélette (en médaillon), le pauvre gâs couché dans l'entrepont (comme dans "Matelots à l'intérieur d'un thonier" de Christian de Marinitsch), en cartouche, avec dans une apparition rayonnante le visage rêvé de la Paimpolaise avec sa coiffe ; en dessous, quatre morues (absentes de la chanson), deux grondins et une algue, dans une atmosphère maritime et glacée.
            La première collection de cartes postales consacrées à "La Paimpolaise" et évidemment destinée aux touristes, celle de l'opticien-éditeur Waron, de Saint Brieuc, dans la série "Chansons de Théodore Botrel", renvoie, elle aussi, à la vie "vraie" des Islandais et chaque couplet accompagne une "vue": II. Départ de goëlettes pour l'Islande ; III. Goélette islandaise, voiles au vent ; IV. Un poste d'équipage islandais ; V. Mousse islandais ; VI. Porche des "péris en mer" à Perros-Hamon (41). L'autre éditeur briochin de cartes postales, E. Hamonic, en revanche, n'inclut "La Paimpolaise" dans sa prolifique collection de cartes botréliennes déjà lancée en 1902 que tardivement (42) , mais on trouve des textes de Botrel associés à des images paimpolaises comme sur la n° 72 consacrée au moment de la bénédiction durant le Pardon des Islandais. C'est lui qui mettra en scène "Les Terneuvas ! " (43). De ces cartes postales, la maison Mazo tirera six vues (une par couplet) pouvant être projetées et offrant ainsi "la possibilité à des sociétés d'organiser des spectacles".
            Après La médaille du pilote qui développe une scène de La voix du lit-clos , Botrel tirera une pièce de la chanson : La Paimpolaise. Epilogue sur le roman de Loti "Pêcheur d'Islande" en un acte et en vers, publiée dans La Bonne Chanson en janvier 19O8 (Moulin, 1972) et où lui-même apparaît en "pêcheur d'Islande", dans le rôle de Yann (qui n'est pas mort). "La Paimpolaise" y est évidemment jouée, comme air : "A droite, à la cantonade, un accordéon soupire la Paimpolaise", Dagorn-le-Fou est "là-bas , blotti dans la falaise/Sur son accordéon sonnant la Paimpolaise", tandis que Gaud se souvient à propos de son" Pauvre Yann" : "la Paimpolaise et Jean-François de Nantes étaient ses préférés entre tous les refrains" ; elle récite alors : "Serrant la médaille qu'il baise ...". La conclusion de l'acte rejoindra la fin de la chanson puisque Gaud s'exclame : "Eh bien ! ô mon grand Yann ! ô mon bel Islandais ! / Comme dans la chanson, tu vois je t'attendais". C'est, on le voit, la reconnaissance et la mise en scène par Botrel lui-même de l'inversion de point de vue (au bénéfice de celle qui attend) qui va dorénavant quasiment s'imposer.
            Tardivement, on trouve encore une "Berceuse paimpolaise" enregistrée par Louis Lyrel (cf. Chansons sur la bombarde) , mais le thème islandais et terre-neuvas est de plus en plus dilué dans le thème "armoricain" de l'océan ou de la mer cruelle qui lui même est placé sous une étiquette bretonne, et "La Paimpolaise" se trouve progressivement décontextualisée et édulcorée pour un nouveau public, sans doute plus féminin.
 
5. La chanson des femmes et de l'attente.
            Botrel qui révise une partie de son répertoire antérieur, en transformant, par exemple, la "chanson de bordée" intitulée "La mer et la fille" en la sage "La mer et la maman", commence à être rejetté par une partie des Paimpolais, ceux qui reconnaissent en l'auteur de "La Paimpolaise" l'auteur des Chansons de la Fleur-de-Lys  et un catholique militant : ainsi, en 1903, à l'occasion de la polémique autour de l'inauguration par Combes du monument à Renan à Tréguier, on peut noter une charge du Journal de Paimpol contre "le prestige forain d'un costume de carnaval", les "musiquettes où la pensée chemine à l'allure d'un chaland", la " sentimentalité à froid", le "chiqué", la "fausse naïveté" de l'auteur de "La Paimpolaise", "appât pour les hystériques et les boulevardiers" (Chappé, 1990). De son côté, Botrel, dans l'Indépendance bretonne du 17 février 1904 (alors que le "Grand Pardon" est remplacé par une "Fête des Islandais et du Commerce" que Camille Pelletan, le Ministre radical de la mer, a été invité à présider), se livre à une charge qui commence par une autocitation ("Quand leurs bateaux quittaient nos rives/Le curé leur disait : "Mes fieux, /Priez souvent Monsieur Saint-Yves,/Qui nous voit des cieux toujours bleux ! ) et poursuit : "A quoi bon, je vous le demande/Reposoirs, prêtres et bénitiers?/Pour le départ des gâs d'Islande/Camomille est venu prier". En 1908, le 16 février, Claude Creux se moquera, dans le Journal de Paimpol des "lyrismes de bardes montmartrois commensaux des gentihommières bretonnes" (apud Chappé, 1990) et lorsque Botrel (qui avait eu le projet de chanter en 1910 à Ploubazlanec), reviendra en 1913, après le naufrage de La Tourmente, il n'aura droit qu'à trois lignes dans le radical et républicain Journal de Paimpol (Le Friec, 1975) (44).
            Pour la plupart, cependant, la chanson est déjà indépendante de son auteur, et l'analyse des illustrations qui l'accompagnent permet d'observer ce processus de décontextualisation et d'évolution vers le genre breton et sentimental, pour des usages plutôt féminins, privilégiant le thème de la Paimpolaise-qui-attend: si dans les Chansons de chez nous, la Paimpolaise, selon E. H. Vincent, est vue de la plage, posant de profil sur son rocher, dans une attitude avantageuse, et les cheveux dans le vent (tout pour plaire à un matelot ! ) et si la vignette de la page 182 est une illustration "littérale" du dernier couplet, les illustrateurs privilégient souvent la représentation de l'attente de la femme. Dès 19O3, le dessin de Millo pour la chromolithographie illustrant "La Paimpolaise" dans Paris-Chansons représente une Paimpolaise  avec sa coiffe, la main droite en visière, un tricot à la main gauche, la robe poussée par un vent arrière, dans une attitude explicite de guette (45). Les cartes postales éditées par E. Hamonic ne comportent plus d'éléments réalistes que pour le quatrième couplet, les cinq autres cartes postales étant des photographies posées (I, III, V) ou des toiles photographiées (I, II, V, VI), la "croix des veuves" étant au centre de la n° 1696. Cela est bien perceptible dans La Bonne Chanson  qui publie une composition de E. Hamonic intitulée "Le départ des islandais" avec strophe de Botrel ("Adieu, ma Paimpolaise! "-Kénavo, mon Yvon!...") reproduite dans le Journal de bord d'E. Le Sec'h, publié en 1912 sous le titre Islande et Norvège qui publie également  "Retour d'Islande" par Théodore Botrel. La "croix des veuves" tend à être systématiquement plantée dans le décor et l'attitude stéréotypée des femmes. L'illustration de Georges Redon pour "La Paimpolaise-valse" est représentative de cette nouvelle interprétation, tout comme la carte postale intitulée "Partie bretonne. La Paimpolaise", avec une paimpolaise (?) devant "la" croix en toile de fond et trois femmes en costumes de...Pont Aven assises sur la première marche, dans un cliché d'A. Haas (46). L'illustration de "La Paimpolaise" par  René Quillivic dans Chansons populaires françaises de 1870 à nos jours , en 1932, suggère dans le cadre d'une évocation subtilement bretonne une universalisation du personnage féminin et de la chanson.
            Le texte de la chanson lui-même est fixé dans une version édulcorée, plus séante dans une bouche féminine : les variantes déjà proposées en 1898 sont quasi systématiquement préférées, et le vers "les draps tirés jusqu'au menton" est transformé en "devant un joli feu d'ajoncs", "j'en f'rons deux à la Paimpolaise" en "j'en causerons à" ou "j'épouserons ma..." (47) ; la chanson est désormais dédiée à Pierre Loti . L'éditeur peut aussi faire disparaître les marques anti-anglaises et "Pour combattre la flotte anglaise" devient "Pour former la Marine française", mais aussi "Pour grossir la flotte islandaise" et même... "Pour aider la marine anglaise" ( ! ), avant d'être remplacé, dans l'édition réputée définitive des Chansons de chez nous par : "Mais voici qu'un matin la guerre/ nous appelant tous au combat/ Le "marin-pêcheur" de naguère/ Redevient "col bleu" de l'Etat/ Et le brave gâs..." (48). Oubliée la haine de l'ennemi maritime héréditaire au profit de l'alliance anti-prussienne. Dans le même temps, les interprétations ont tendance à s'affadir et à s'aplatir...
            Le thème de la chanson devient musique pour piano : Aug. Zurfluh compose, en 1912, "La Paimpolaise. Marche bretonne sur les motifs de la célèbre chanson de Théodore Botrel" (Paris, P. Pégat et Cie Editeurs) et le fidèle accompagnateur de Botrel, André Colomb, est l'auteur d'une "Paimpolaise-Valse. Valse pour piano sur la célèbre chanson (...) de Théodore Botrel". La présence du hautbois (à côté du piano et du violon) dans l'interprétation de la version édulcorée par Botrel lui-même après 192O (toujours allegretto) annonce les traits les plus mélancoliques et lents qui s'imposent progressivement dans les interprétations, en même temps que se simplifie la mélodie.
           
6. Sur l'air (connu) de "La Paimpolaise".
            Commence alors une longue histoire qui nous mène jusqu'à aujourd'hui où la chanson est concurrencée par son air, dans un processus assez conforme de folklorisation (au sens scientifique et au sens courant du terme). Il serait vain de prétendre faire ici l'inventaire de toutes les occurrences ;  bornons-nous à en signaler quelques unes, recueillies au hasard des recherches et des conversations, qui rendent compte du succès durable de la chanson (49).
            Il est difficile de suivre toutes les traces des éditions successives de "La Paimpolaise" chez Georges Ondet, puis Honoré Pion, et, actuellement, les Editions Fortin qui continuent de l'éditer régulièrement. Elle a bien entendu été reprise dans la revue de Théodore Botrel, La Bonne Chanson , mais aussi dans des recueils. Elle fait, par exemple, partie de Ses chansons les plus populaires (recueils dits "de propagande"), elle est reproduite avec une illustration dans La chanson pour tous, mais aussi dans les Chansons populaires françaises de 187O à nos jours publiées en 1932, où elle figure à côté de la "chanchon dormoire" "Mon P'tit Quinquin", dans le Trésor des plus belles mélodies de tous les temps et de tous les pays  édité par V. Del Folie (nouvelle éd. de 1947), dans Les chants de pays , choisis pour les jeunes paysans et présentés par Yves de Givry (Paris, 1944), dans Chantons la mer de F. Le Moyne ou dans les 8O chansons de la Belle époque et d'aujourd'hui éditées en 1943. En revanche elle ne semble pas ne figurer qu'exceptionnellement dans les recueils de chansons de marins, alors qu'elle occupe, avec autres chansons de Botrel, sa place dans les Chants de l'Ouest édités par La vie montante (St Brieuc, Edition du 3e âge, 1981, 2e éd.).
            Rappelons que si les chansons se chantent aux banquets, baptêmes et mariages, et autres occasions festives, elles sont aussi de l'ordre du privé, transmises par les femmes qui les apprirent de leur mère mais aussi dans les pensionnats de jeunes filles et des patronages : il serait intéressant de pouvoir examiner des carnets de chants... et, aussi, de mieux connaître les pratiques liées à l'apprentissage ou à l'exercice du piano (généralisé comme instrument "bourgeois" et petit-bourgeois) dont témoignent, à côté des usages populaires et assez frustes des petits formats, les grands formats dits "piano et chant" ainsi que les albums.
            On remarquera que "La Paimpolaise" a continué, seule ou avec d'autres chansons de Botrel, à être régulièrement enregistrée : avec léger accompagnement d'orchestre (interprétations de Fabrezy, Jean Lumière, L. Vianneuse (mars 194O), Daniel Marty (Hommage à Th. Botrel de 1969), de piano (L. Vianneuse), sur fond de biniou par  Théo Le Maguet et d'orgue électronique par René Jacq, et, sans les paroles, par les orchestres de Marcel Pagnoul et de Pierre Spiers (piano, harpe et rythmes), avec accordéon par Jo Privat, alors que E. Duleu a enregistré la "Paimpolaise-Valse" d'André Colomb. Elle est citée dans la "Suite française" de Darius Milhaud (1944) et a été reprise dans un pot-pourri de chants de marins par la Musique des équipages de la flotte en 1956 (5O). Elle fait partie (avec "Le petit mouchoir rouge de Cholet" et "Marie ta fille" des chansons filmées par Henri Caouissin pour Brittia-Films, dans Le meilleur de ma jeunesse.
            Plus intéressantes encore pour notre propos sont les utilisations de l'air "La Paimpolaise" comme timbre : les premiers cas connus sont, on l' a vu, contemporains de la chanson, mais Botrel lui-même n'hésitera pas à utiliser son air pour d'autres variations. A celles déjà citées, ajoutons "La Lannionnaise" qui s'adresse toujours au marin, mais avec plus d'optimisme puisque celui qui est parti servir la Patrie sur un Bâtiment de l'Etat rentre en vainqueur avec deux galons sur la manche et peut, finalement, chanter : "Sur les quais, rieuse et bien aise,/ J'aperçois quelqu'un qui m'attend :/ C'est ma petite Lannionnaise,/ C'est la Douce que j'aime tant" (51). A Paimpol même, en 1906, la chanson "La veste en cuir" se chante sur l'air de "La Paimpolaise" (Chappé, 1990) . Celle-ci sera, pendant la guerre de 14-18, adaptée aux circonstances par le "barde aux armées" dans la chanson "Le Paimpolais", reproduite dans Les chants du bivouac, mais on trouvera aussi l'air utilisé pour brocarder l'auteur lui-même : "J'aime Botrel et ses fadaises, Son chapeau, son gilet breton..." (52).
            S'agit-il d'un air à tout faire? Pas tout à fait, car, s'il semble que ce soit plutôt "Les petits graviers" qui ait été traditionnalisée par les Islandais et les Terreneuvas (53), il est intéressant de constater que le lien implicite avec le thème de la mer subsiste dans les complaintes publiées en 1930 (paroles de Léon Bonnenfant sur l'air de "La Paimpolaise") : "Le courageux petit mousse Marcel Rioual des Thoniers de concarneau" et "La terrible tempête des côtes de Bretagne. 2O3 marins morts ou disparus. 127 veuves. 193 orphelins. Complainte d'actualité" (54).
            De son côté, Dastum a recueilli au moins trois chansons en breton des années 194O chantées sur l'air de "La Paimpolaise" : sur "Le débarquement" (F 215O à 2152), en faveur d'un prisonnier ("Evit sikour ar prisonnier") (F25O2 et F 2103), ou à la gloire du cidre ("Evomp chistr mad!") (F 251O).
            Dans les années 1950, l'air de "La Paimpolaise" qui avait déjà servi, dans une chanson paillarde, à exprimer les impressions d'une comtesse (A. Moulin (1972) fait allusion à une "parodie truculente et même obscène et blasphématoire"), est utilisé à l'Ecole d'Hydrographie de Nantes pour faire l'éloge de la prophylaxie, "baise" rimant, à présent, avec "anglaise" (55).
            Il faut sans doute attribuer au phénomène de rejet qui affecte Botrel au sein des mouvements bretons après 1968, le refrain ironique suivant : "J'aime Paimpol et sa falaise/ Et son front de libération/ En Bretagne, y'a comme un malaise / Faut qu'ça saute au pays breton" (56).
            On doit remarquer que le texte et l'air de la chanson sont encore suffisamment disponibles en France dans les années 1980 pour être compris sous forme de référence explicite dans "Les casseuses" (1978) de G. Brassens (57), de citation dans Sarah Bernardht (1982), épisode de Lucky Luke dans un scénario de X. Fauché et J. Lélurgie qui font le cuisinier Chouniard chanter à deux reprises le début du refrain ou pour servir de timbre à l'hymne de La vie montante dans les Côtes d'Armor (58).
            On est néanmoins assez surpris d'entendre, en 1995, chanter en occitan la geste des "paillasses" de Cournonterral dans l'Hérault ... sur l'air de "La Paimpolaise" (59). On a là, sans doute, la plus étonnante illustration de la diffusion et de la pérennisation de la chanson, de son air en tout cas.
 
7. Le succès de "La Paimpolaise".
            Aujourd'hui encore sur les quais de Paimpol, les touristes peuvent trouver une carte postale de "La Paimpolaise", même s'ils n'ont pas forcément l'idée de visiter le monument érigé, en 1928, à la gloire de la chanson et à la mémoire de son auteur.
            Curieusement, de toutes les chansons de Botrel, "La Paimpolaise" n'est sans doute pas celle qu'on préfère, mais c'est la plus connue, parfois même la seule, jusqu'à devenir une vraie rengaine. Elle partage ce privilège avec quelques rares titres parmi les dizaines de milliers qui ont été mis sur le marché par l'industrie parisienne de la chanson à la Belle Epoque (6O).
            Les rares appréciations critiques qu'elle a méritées de ses contemporains, sont, on l' a vu, assez plates et décevantes ou générales. Cette romance d'amour présentée comme étant une chanson des pêcheurs d'Islande, et qui devait, selon Botrel, exalter "la légendaire fidélité de la Bretagne" (Souvenirs..., 193), a, selon Mayol (1929, 93) "par sa grâce naïve et touchante, toutes les qualités qui séduisent le public",  mais elle est jugée "un brin chevillarde" par Pierre Varenne (61) et participe du "lyrisme mystificateur des Loti, Botrel et Le Braz qui ont chaviré les coeurs, enorgueilli les esprits et embué les consciences", selon François Chappé (1984). Il est vrai qu'elle n' a rien à voir avec le dur et froid réalisme de la chanson à virer au guindeau "Faut avoir du courage", par exemple.
            Autant que dans la facture de la chanson, les raisons de son indéniable succès et de sa pérennisation sont, certainement, à rechercher dans la conjonction des deux courants d'intérêt pour la Bretagne et pour les pêcheurs d'Islande avec une identification locale et régionale à la chanson d'un breton de Paris ; les puissants médias nationaux (journaux, revues, fascicules, petits formats, cylindres, disques, etc.) (62), relayés par le circuit traditionnel des colporteurs et des chanteurs ambulants, avec leurs feuilles volantes ou par les séries de cartes postales à l'usage des touristes, ont porté ou conforté ce courant qui semble avoir rapidement concerné un public particulièrement vaste et diversifié : des "plus riches salons aux plus humbles chaumières", des Parisiens aux bretons de Bretagne et d'ailleurs, marins ou non. Au fil des années, alors que une partie du contexte initial s'estompe, avec l'oubli de Loti et de l'Islande, elle sera reprise, dans une version et des interprétations adaptées, à l'usage des jeunes-filles et des patronages, dans le réseau catholique français et francophone, comme chanson de l'amour et de l'attente, alors que le timbre semble vivre une vie autonome dans des sphères moins orthodoxes. Le titre, qui fait autant penser à un hymne qu'à une femme, et la résonance typique que peut avoir en soi le nom de "Pempol" ont certainement aussi joué un rôle.
             La principale raison de la pérennisation de "La Paimpolaise" doit, néanmoins, être liée à l'air de la chanson, rapidement mémorisé et particulièrement efficace -on l'a vu- dans différentes circonstances : il donne de la Bretagne une image douce, grave, triste et mélancolique, quasi religieuse, comme un cantique. Stéréotype sonore, accepté et même partagé, pendant de longues années, par une grande partie des Bretons, y compris, au début du siècle, par les régionalistes, il a pu, à sa façon, devenir emblématique de la Bretagne. Un autre mode de questionnement identitaire est ultérieurement apparu qui s'est efforcé de comprendre ou a simplement dénoncé les fondements et le fonctionnement de ce stéréotype que d'autres, aussi sincères, continuent, aujourd'hui, de tenir pour partie de leur patrimoine culturel...(63).
            Comme le rappelle Jacques Petit (1987), on a souvent tendance à interpréter Botrel d'un point de vue anachronique et strictement idéologique, et il propose, en substance, de chercher à savoir et à comprendre quel a pu être, dans la diachronie, le contexte des réceptions et les sens successifs, parfois contradictoires, de son oeuvre et de ses engagements.
            Cette brève histoire de "La Paimpolaise" et de sa réception s'efforce de contribuer à cette entreprise (64).
           
Jean-François BOTREL
Université Rennes 2-Haute Bretagne.
 
Notes :
1. Cité dans Chansons et monologues illustrés, Paris, 1897, n° 4O5, p. 15.
 
2."composée au régiment et que nous fredonnions en revenant de marches" (Souvenirs..., 184).
 
3. Le biniou de référence est bien sûr celui de la chanson "Le biniou" écrite en 1853 (?) par Hippolyte Guérin et constamment rééditée ("Les douleurs sont des folles /Et qui les écoute est encore plus fou/ A nous deux toi qui consoles/ Biniou, mon biniou, mon cher biniou")."Au son du biniou" se conclut par : "Et pourtant quand le biniou ronfle/Il me semble, ô mon pauvre coeur/Que c'est toi que l'on gonfle, gonfle/A te fendre à bout de douleur". Quant à "La chanson de Pascalous", elle fait dire à celui-ci "meneur de la ronde qui tourne au son du biniou" : "Quand je vais sur la falaise,/Mener paître mes moutons,/Mes poumons sont plus à l'aise,/Pour chanter nos airs bretons.../Et ma voix se fait plus douce/Pour bercer les matelots/Le vieux marin et le mousse/Qui dorment là ! sous les flots !...".
 
4. "la Bretagne est érigée en terre de conquête pour le tourisme", écrit A.-M. Thiesse (1991).
 
5. Il y a, en 1895, plus de 70 000 Bretons à Paris ; il y en aura près de 200 000 en 1911. Au total, 242 000 bretons ont émigré entre 1851 et 1891 et 201 000 bretons entre 1891 et 1911.
 
6. "Bien avant Botrel, romances et quadrilles chantent avec sentimentalisme le pittoresque paysan et les opéras célèbrent la bretonnerie" (Delouche, 1988). Sur Y. Nibor, voir le passage qui lui est consacré in Balcou, Le Gallo (1987).
 
7. La Bretagne sert aussi d'inspiration au théâtre d'ombres, également spectacle de cabaret : (e 26 janvier 1899, par exemple, est représenté pour la première fois à la Salle Mustel, Au pays breton. Pièce d'ombres en six tableaux (Poème de René Delbord et Tableaux de Eugène Frey) ; en 1906, la revue du cabaret Les quatre'z'arts présente comme étant à l'étude Les gâs d'Islande, pièce d'ombres sur un poème de Desveaux-Vérité, une musique de Jean Fragerolle et des dessins de H. Gallot) et Mayol fait référence dans ses Mémoires (1929) à une pantomime en six tableaux créée en 1903 et intitulée : Pardon, avec une Marie-la-Bretonne, un Mathurin, un Patrick, un Jean-Pierre, un Kéradiec, etc. On aura évidemment garde d'oublier la prégnance de la Bretagne dans l'expression picturale et graphique en général (cf. Delouche, 1988).
 
8. En 1894 paraît la 136e édition ; en 1893 , le roman a bénéficié d'une adaptation scénique en neuf tableaux par Pierre Loti et Louis Tiercelin avec une musique de scène de Guy Ropartz . Une représentation est, par exemple, donnée au Théâtre de Saint-Brieuc le vendredi 24 avril 1896.
 
9. Le texte de la chanson en français et en breton, ainsi que la musique sont reproduits à toutes fins utiles.
 
1O. L'ouvrage fondamental de François Chappé sur L'épopée islandaise. 1880-1914 , auquel il sera fréquemment fait référence, permet, entre autres choses, de percevoir et de comprendre l'abîme qu'il y a entre la réalité de la pêche et des pêcheurs en Islande et les "Mythes et mystifications littéraires" qui l'entoure pour, d'une certaine façon, l'occulter ou la justifier : de toute évidence, "La Paimpolaise" n'est pas une chanson "sociale".
 
11. Botrel éprouve le besoin de préciser : "L'engin dont se servent les pêcheurs d'Islande pour saisir la morue à sa sortie de l'eau porte le nom de "gaffion", nom un peu barbare pour être mis dans une romance d'amour. Quant au harpon proprement dit, les Islandais en ont toujours à bord et s'en servent pour les "marsouins" (Chansons de chez nous, p. 181).
 
12. Le terme "rustique" est celui qui sert à Botrel à qualifier son enfance, le cadre dans lequel se situent les "humbles héros" de ses chansons et la poésie qui se mit alors à "bouillonner" en lui. C'est aussi celui qui sert à qualifier "La chanson de Pascalous". Dans ses Souvenirs d'un barde errant, Botrel évoquera l'espèce de révélation que fut pour lui Suzanne Dariel, "interprète de cantilènes des champs, des prés, des grèves et des bois, si pures, si profondes, d'une auguste simplicité" ; alors, dit-il, "toute une poésie rustique se mit à bouillonner en moi, à sourdre lentement de mon coeur illuminé". Il prendra alors "en horreur, pour toujours, les blagues des cafés concerts et les mièvreries sentimentales de la rue" (p. 205). Comme d'autres chansons à l'époque, "La Paimpolaise" semble avoir été l'occasion pour  Théodore Botrel, parisien par nécessité, de renouer affectivement et nostalgiquement avec le terroir de son enfance "rustique" et d'utiliser à des fins littéraires et alimentaires ses racines bretonnes.
 
13. Le "petit écueil" au troisième refrain est ainsi évoqué par Mayol (1929), dont la photographie a apparemment figuré sur certaines éditions de "La Paimpolaise" ("dans un tout petit coin") : "à l'avant-dernier vers, par suite d'un court arrêt que m'imposait la musique, j'avais l'air de prononcer simplement : "que la peau", ce qui eût pu prêter à rire à un public toujours facétieux. Par ailleurs (...) en esquivant la pause indiquée, je paraîtrais dire "que la peau de lapin". L'autre danger ! On en fit part à Botrel qui, sans discuter, modifia la phrase ambiguë, et lui donna sa forme définitive "que la coiffe..." où je ne faisais que gagner en marquant le temps réglementaire après "la coiffe".
 
14. Celui-ci, chef de la musique du 82e, est l'auteur de valses, polkas et mazurkas, de pas redoublés ("Le fils de France", "Mes adieux au 144e") , de marches (dix au total, pour harmonie ou fanfare) et de fantaisies pour musique militaire, au rythme des garnisons ("Souvenir de Keraliguen", "Souvenir d'Armor" (1894), "Les bords du Loing" (1894), mais aussi de marches pour procession et d'airs pour chansons en tous genres ("La femme du marin", Romance, paroles d'Alfred Souché (1884), "Les amours d'un tripier" (Bouffonnerie), "La cage", Chansonnette polissonne (1894 ), "Devant le conseil de révision", paroles de Georges Arnould, "Légende bretonne", chanson de Gaston Habrekorn, etc.). Il apportera à Botrel trois mélodies pour "Les semeurs", "Notre Dame des flots" et "L'océan", mais aussi pour "Le vélo d'occasion" (1895) et "Nos bicyclistes", opérette en un acte représentée pour la première fois le 28 avril 1895 par la Société de Jeunes Gens du Gros Caillou.
 
15. Selon Erwan Marec (Les Cahiers de l'Iroise, 1967/2, 57) le succès de "La Paimpolaise" est dû à l'air "pimpant et facile à retenir sur lequel elle a été chantée. Or cet air avait été tout simplement à l'origine un "Retour de chasse" dû au chef de musique du 62e Régiment d'Infanterie de Lorient, M. Foutrier (sic) et que celui-ci, à l'exemple de nombre de ses collègues, se plaisait à faire entendre en fin de programmes des concerts de musique militaire qu'il dirigeait". Dommage qu'E. Marec ne cite pas ses sources.
 
16. Le "gaiement" disparaîtra par la suite.
 
17. Cf. note 47.
 
18. Botrel, dans ses Souvenirs..., cite un article de Delorme dans les Annales, trois lignes dans un journal ... normand, un petit article dans le Figaro , un article de Georges Docquois dans le Journal. En 1898, A. Verchin, dans Ceux de chez nous (Poètes de Bretagne , 1ère série) parle de grand succès.
 
19. Exposition "La Bretagne vue par les peintres au XIXe siècle". Collection du musée des Beaux-arts de Quimper, 1995.
 
20. Musée municipal de Pont Aven. Le fait est d'autant plus remarquable que, comme le rappelle Denise Delouche (1988), au XIXe siècle, "pour un portrait de pêcheur, c'est une dizaine de "types" paysans qu'il faudrait mettre en regard, peut-être plus".
 
21. Le Petit Journal, 22 février 1896.
 
22. Il publiera en 1901, une étude sur "les sinistres d'Islande, leurs causes et les moyens de les prévenir" et, en 1902, Nos marins pêcheurs, leur alcoolisme, les abus  (abris) du marin.
 
23. Cotage G 686.
 
24. P.-J. Le Friec (1975) cite le témoignage de Mme Cornaly : "nous sentions qu'elle (la chanson) entrait dans l'histoire, à cause de l'histoire qu'elle disait une fois pour toutes" (J.-Y. Veillard, conservateur du Musée de Bretagne, a bien voulu me signaler cet article).
 
25. Le Monde illustré, n° 203O du 22-02-1896.
 
26. Conférence Saint Thomas d'Aquin. Souvenir des fêtes des 23, 24 et 25 février 1900, Besançon, Imp. Henri Bossanne, 1900, p. 10.
 
27. Bulletin de "La Pomme", n° 219, août-septembre 1911, p. 114.
 
28. Souvenirs..., p. 93. N'oublions pas qu'il y a en 1897 près de 52 000 marins de la Marine nationale et 90 000 inscrits maritimes, dont 41 000 sur la côte bretonne.
 
29. Celui-ci est, par exemple, envoyé en mission officielle de deux mois en 1896 pour apprendre aux marins ses chansons "au lieu de celles qu'ils savent et qui ne signifient pas grand chose" (Le Figaro, 4-02-1896).
 
30. Mois littéraire et pittoresque, n° 33, sept. 1901.
 
31. En 1923, G. Ondet met en vente les 66-71000e exemplaires.
 
32. Elle sera rééditée 8 fois jusqu'en 1958. Ces chansons étaient chantées dans les familles et les institutions d'enseignement où le recueil sera rendu obligatoire par Wilfrid Laurier (De Surmont, 1993).
 
33. Reproduite en carte postale par les Editions d'Art Jack, à partir de l'exemplaire de la collection de J. Hiron.
 
34. Apud Chansons et monologues illustrés, Paris, 1897, n° 405.
 
35. Bibliothèque Municipale de Rennes (R 1089, Feuille B145).
 
36. On trouve également "La Paimpolaise" en français et en breton reproduite sur du papier pour emballer le fil "A la Paimpolaise".
 
37. Des assiettes renvoyant à des chansons de Botrel ont été produites par la faïencerie Henriot de Quimper ; j'ignore si "La Paimpolaise" a été traitée.
            On sait que Botrel a eu, au Port-Blanc, un canot baptisé "La Paimpolaise" (cf. Marcel Monmarché, "Botrel chez lui", Le Mois..., Paris, Sept. 1901 p. 354).
 
38. C'est le titre, par ailleurs, d'un feuilleton de G. Toudouze publié par le Journal de Paimpol en juin 1895.
 
39. Le numéro 97 de février 1903 de l'Assiette au beurre  intitulé "Pêcheurs et armateurs" en est une bonne illustration, avec les dix-huit dessins de Ch. Huard ("Et dessus aussi, les gros mangent les petits" (p. 1638-9), "-En faut une sacrée goutte pour passer le goût du lard pourri ! "(p. 1632), "Si on ne crève pas noyé, on crève sûrement phtisique" (p. 1634), etc.).
 
4O. Cotage G 1998. Even est aussi l'auteur des dessins utilisés pour "La Fanchette", "Les terr'-Neuvas", "Le retour du gâs" (A. Porchon d'après Even) et"Le Voeu à St. Yves".
 
41. Des couplets de chansons ou des vers de Botrel agrémentent d'autres cartes postales à thème islandais du même éditeur (cf. n° 5b, 6b, 1Ob, 11b, 19b, 25b, 85b, 2O2, et 1OO4 intitulée La Paimpolaise, par exemple).
 
42. A partir du n° 1695, alors que "Le Voeu à St Yves", par exemple porte les n° 321 à 325.
 
43. Dans l'album de photos de Geneviève Monmarché-Chupin, conservé au Musée municipal de Pont Aven, on peut trouver deux photos intitulées "Le départ de l'Islandais" et "Le retour de l'Islandais", avec Botrel déguisé en Islandais avec ses sabots-bottes et son "ciret" jouant le départ et le retour, devant un lit clos, l'enfant tenu ou présenté par la femme en costume breton étant un "baigneur" breton ; il s'agit de toute évidence de répétitions pour les cartes postales.
 
44. En 1925 la cérémonie pour le 30ème anniversaire de "La Paimpolaise" était prévue pour les 6 et 7 septembre. Un monument lui sera consacré à Paimpol, oeuvre du sculpteur Pierre Lenoir, inauguré le 15 juillet 1928.
 
45. Comme dans l'illustration de "La Paimpolaise" par Steilen dans le Gil Blas illustré.
 
46. Musée municipal de Pont-Aven.
 
47. Sur cette version "bien pensante", voici l'opinion de Mayol (1929) : "A mon sens l'évocation était beaucoup plus faible, sans parler du geste. Tu penses bien qu'un gars de 2O ans sevré d'amour, rêvant entre le ciel et l'eau, ne pense pas spécialement, en dépit du froid, au coin de l'âtre familial. Il a d'autres idées, bien sûr, plus folichonnes peut-être mais si naturelles (p. 95).  Quant à "J'en caus'rons" : "Je suis bien tranquille pour le matelot : il avait des économies, le bougre, et il comptait les utiliser". Mayol rappelle, par ailleurs, qu'à cette époque "c'est l'Anglais qui servait...de tête de Turc quand on parlait d'ennemis héréditaires (...) ; nous arrivions aux événements de Fachoda".
 
48. On peut signaler d'autres variantes de moindre importance, comme la transformation  de "il se couche..." en "il se coule..." ou "il s'affale dans l'entrepont" (dans l'interprétation de Daniel Marty, par exemple).
 
49. L'auteur de cette étude accueillera volontiers toute information complémentaire.
 
5O. Les interprètes de "La Paimpolaise" connus de la SACEM en 1995 sont : Jack Lantier, Georges Cantournet, Jean Lumière, Dorothée, Cadet Rousselle, Guy Denys, André Blot, Robert Trabucco, Gaston Martin, André Jacq, Jean Lumière, Joseph Bizeul, Yannick Bihan, Milbeo et... Botrel.
 
51. Morlaix, imp. P. Lanoé, 2 Grand'Rue (Musée municipal de Pont Aven. Fonds Th. Botrel).
 
52. Apud Michel Herbert, La chanson à Montmartre, Paris, 1967.
 
53. Cf. Terre-neuvas et islandais. Chants des marins-pêcheurs bretons, normands, flamands et américains (Anthologie des chansons de mer. Chasse-Marée/Ar Men, Vol. 7) (SCM O33 ADD 71, 36 mn.).
 
54. Information de Gérard Millot, grand collectionneur de chansons de la Belle Epoque.
 
55. Yvon Botrel m'en a communiqué les paroles, extraites de son carnet de chants.
 
56. Information de Véronique Pérennou, de l'association Dastum.
 
57. "Son mari pris dans la tempête/ La Paimpolaise était en train /De vouer -c'était pas si bête- /Un cierge au patron des marins/ Ce petit (?) flambeau qui vacille/Mélanie se l'est octroyé (bis)/Alors le saint, cet imbécile/Laissa le marin se noyer".
 
58. Chants de l'Ouest, op. cit., p. 185-186.
 
59. Reportage de Régis Michel et Yvon Bodin, programmé dans l'émission "Faut pas rêver" (FR3), le 7 juillet 1995.
 
6O. Pour donner un ordre d'idée, le compositeur Emile Spencer, pour le compte duquel Botrel travailla à ses débuts, a, si on se réfère au seul fichier de la Bibliothèque Nationale de France (Département Musique), mis sur le marché près de 28OO chansons ou chansonnettes.
 
61. Une heure de musique avec Th. Botrel, Paris, 1930, p. 16.
 
62 . Botrel donnera son premier concert à la radio, en 1923, au Poste de Radio Paris.
 
63. Le souvenir de "La Paimpolaise, à l'occasion de son centenaire, a donné lieu, à Pont-Aven, à l'initiative de l'Association "Patrimoine et Culture", à une excellente exposition Botrel (sous la direction scientifique de Marie-Louise Le Dirout), juste et bien documentée (grâce, en particulier, aux prêts de documents originaux effectués par les descendants de Janick Botrel), à une brève information dans Ouest-France du 24 août et à une interview de Léna Botrel à Radio Bleue, le 6 septembre.
 
64. Mes remerciements généraux ou particuliers vont au Pays de Dinan et tout particulièrement à Loïc-René Vilbert, à la Bibliothèque de l'Institut National de Recherche Pédagogique, à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, aux Bibliothèques municipales de Dinan, Rennes et Saint-Brieuc, à la Bibliothèque Nationale de France (Départements des périodiques, de la Musique, des Estampes, Phonothèque, Bibliothèque de l'Arsenal), à Dastum, aux Editions Fortin, au Musée de Bretagne, au Musée des Arts et Traditions Populaires, au Musée municipal de Pont-Aven, à la SACEM, à Denise Delouche, à Pierre Gravot, à Bernard Le Nail, à Fañch Roudaut, ainsi qu'à tous ceux nombreux- dont je signale, en note, l'apport spécifique. A Léna Botrel qui m'a si généreusement accueilli chez elle et dans ses archives comme chercheur et comme "cousin", à la très large mode de Bretagne (nous devons avoir un ancêtre commun, né vers 1740 à Mégrit, à 5 lieues de Dinan), je dédie cette étude.
 
Ouvrages cités :
BALCOU, Jean & LE GALLO, Yves (dir.) (1987), Histoire littéraire et culturelle de la Bretagne, Brest, C.R.B.C., Champion, Slatkine.
BERTHO, Catherine (1980), "L'invention de la Bretagne. Genèse sociale d'un stéréotype», Actes de la recherche en sciences sociales, n° 35, p. 45-62
BOTREL, Théodore (1946), Souvenirs d'un barde errant, Paris, Brittia, 1946
CHAPPE, François (1984), "Paimpol (1880-1914), mythes et réalités", Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, t. 91, n° 2, p. 171-192.
CHAPPE, François (1990), L'épopée islandaise. 1880-1914. Paimpol, la République et la mer, Thonon les Bains, L'Albaron.
DELOUCHE, Denise (1988), «Les peintres et le paysan breton, Baillé, Ursa, Le Chasse Marée.
DE SURMONT, Jean-Nicolas (1993), "Le succès de Théodore Botrel au Canada français", Le Pays de Dinan, XIII, p. 55-68.
LE FRIEC, Paul-Georges (1975) , "Botrel mourait il y a cinquante ans...", Ouest-France, 01-08-1975.
MAYOL, Félix (1929), Mémoires recueillis par Charles Cluny, Paris, L. Querelle.
MOULIN, André, "De Pêcheur d'Islande à la "Paimpolaise"", Communication faite à l'Académie dans sa séance du 27 avril 1972, Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse.
OBERTHUR, Mariel (1994), Montmartre en liesse. 1880-1900, Paris, Editions des musées de la Ville de Paris.
PETIT, Jacques (1987), "Botrel : un terroir, une époque et l'éternelle poésie", Le Pays de Dinan, VII, p. 9-37.
THIESSE, Anne-Marie (1991), Ecrire la France. Le mouvement littéraire régionaliste de langue française entre la Belle Epoque et la Libération, Paris, PUF.
 
Légendes des illustrations :
 
1. La vision de "La Paimpolaise" par Jean-Marie Even (Musée de Pont-Aven)
 
2. La composition de  H. Barillet pour les Chansons bretonnes (1896) (BNF-Musique)
 
3. Botrel costumé en Terreneuvas (E. Hamonic, circa 1902) ()
ou
Théodore Botrel en "gâs d'Islande" par E. H. Vincent (Chansons de chez nous, p. 254)
 
4. "La Paimpolaise/Ar Bempoulezen" offerte aux clientes de "A la Paimpolaise" (Dastum)
 
5. La musique de "La Paimpolaise" (Chansons de chez nous, p.179)
 
6. La croix des veuves, l'attente et le breton par G. Redon (1912) (BNF-Musique)
 
7. Sur l'air de "La Paimpolaise", "Le Paimpolais" (Musée de Pont-Aven)