« Hispanisme et hispanistes », in : J. Bonells (dir.), Dictionnaire des littératures hispaniques. Espagne et Amérique latine, Paris, Robert Laffont, 2009, pp. 664-665.

 

L'hispanisme et les hispanistes.

            Après la romantique époque de l'hispanophilie et même hispanomanie, sous l'impulsion d'hispanologues ou hispanistes, à la fin du XIXe siècle, se constitue -notamment en France- un hispanisme scientifique à la fois littéraire et historique, aujourd'hui défini par le Dictionnaire de la Real Academia Española comme un "goût pour l'étude des langues littératures ou cultures hispaniques". Aire d’enseignement et de recherche, plus que discipline scientifique, l’hispanisme s’est construit une véritable identité en s’organisant en associations nationales à partir de 1955  et en une Asociación internacional de hispanistas en 1962. En France, la Société des Hispanistes Français a été créée en 1963, autour de la figure emblématique de Marcel Bataillon ; depuis 1969 il existe une Sociedad Suiza de Estudios Hispánicos et depuis 2005 une Asociación de Hispanistas del Benelux. L'hispanisme est aujourd’hui l'expression d'un intérêt constatable sur les cinq continents et plus de 50 pays -y compris les pays hispanophones- pour l'enseignement de l'espagnol mais aussi les recherches sur les langues, littératures et cultures hispaniques. Cette production a obéi historiquement, de la part d'étrangers au monde hispanique, à la nécessité de connaître l'autre à des fins politiques ou identitaires mais aussi de médiations culturelles. La participation croissante à ce labeur d'espagnols puis d'hispanoaméricains contraints à l'exil a contribué à modifier ce regard distancié à l’origine... Aujourd'hui, selon Augustin Redondo, peut être considéré comme hispaniste « celui qui parle espagnol, qu’il vive ou non en Espagne ou en Amérique latine, qui enseigne et diffuse cette langue au niveau universitaire et mène des recherches sur  la langue, les littératures, les civilisations, les cultures correspondantes. L’Hispanisme comprend donc aussi bien des philologues que des historiens –en particulier, les historiens de la culture-, des linguistes, des théoriciens de la littérature ou des anthropologues et des spécialistes de divers modes d’approche critique : idéologique, sémiologique, psychanalytique, structuraliste, formaliste, etc. ». Caractérisée par sa multi ou pluridisciplinarité et la globalité de l’approche, individuelle ou collective, de ses objets, la recherche hispanique dialogue donc avec un grand nombre de disciplines de référence, mises en œuvre à travers des recherches disciplinairement ou temporellement délimitées : de la philologie la plus classique, avec l’édition des textes classiques de la littérature espagnole et hispanoaméricaine à la critique et à la linguistique et la théorie de la littérature la plus actuelle, en passant par différentes modalités de l’histoire. Si dans la production scientifique hispaniste la part consacrée à l’Espagne est largement majoritaire (environ les deux tiers), avec un intérêt soutenu pour la littérature « classique » -celle du  Siècle d’Or-, la dimension contemporaine également servie par des disciplines telles que le droit, l’économie, la géographie, la science politique, etc. mais aussi par de nouveaux objets comme la presse, le cinéma ou les nouvelles technologies de communication, prend une importance croissante de même que l’intérêt pour l’Amérique hispanique, sans qu’il y ait encore une relation proportionnelle entre les quelque 330 millions d’hispanophones présents dans les Amériques y compris les Etats-Unis (39 millions en Espagne) et le profil de la production scientifique. De plus en plus, néanmoins, ces regards portés depuis des traditions scientifiques nationales, se libèrent des frontières pour s’appliquer des territoires et des champs élargis, dans des perspectives comparatistes, en se confrontant sans chercher à s’harmoniser au bénéfice d’un hispanisme partagé et partageable. Chaque année ce sont plus de 2 500 livres, sans compter les innombrables articles dans les revues spécialisées, les manuels et les traductions qui paraissent dans le monde et sont le fruit de la recherche des hispanistes ; les bulletins et sites des différentes associations en rendent compte. Comme participants à la diffusion mais aussi à la construction d’une image de l’Espagne et de l’Amérique hispanique, les hispanistes contribuent, par choix et avec passion, sinon à la disparition, à l’évolution des stéréotypes, et à la création de nouvelles valeurs susceptibles de mieux affirmer l’histoire et le présent  des réalités et valeurs hispaniques dans le monde.